buy cialis onlineorder levitraJimmy Haoi, nouvelle inédite

Jimmy Haoi

Jimmy Haoi, nouvelle

Je publie en édition Kindle une nouvelle inédite : Jimmy Haoi. C’est l’histoire d’un Vietnamien de la diaspora, qui retourne au pays en 2010 pour y créer une entreprise. Il y devient, en 2020, 2030 et au-delà (l’histoire se poursuit dans le futur) plus riche qu’il n’est nécessaire.

Il possède son propre hélicoptère et vole dans le ciel du sud-vietnam, comme ces hélicoptères Américains qui l’ont emporté en exil, sa mère et lui, au moment de la chute de Saïgon, en avril 1975 : le Jimmy Haoi qui s’approche en hélicoptère de la péninsule de Vung Tau doit se confronter à celui qui, des années plus tôt, allait dans la même direction, vers la mer et l’exil, après avoir décollé du toit de l’ambassade des Etats-Unis.

Cette nouvelle est publiée uniquement en Kindle sur Amazon. Après discussion avec François Bon, côté publie.net, il a semblé intéressant de tester le Kindle Store Français juste ouvert avec ce type de publication. Je suis curieux de voir ce que donne le Kindle Store en général, ses outils et son fonctionnement. Et la souplesse de gestion se prête bien à un travail court du type nouvelle. D’autres nouvelles sont dans les tuyaux, que je publierais sans doute par le même biais. Quand j’en aurais un nombre suffisant, et qui fasse sens, un “livre” sera peut-être envisagé.

Mais en attendant c’est ça que change Amazon : on écrit un texte, on fait un epub, on fait une image de couverture, on upload sur son compte Amazon. Et le lecteur, à l’autre bout (ou pas). C’est rapide, léger, sans intermédiaire. Curieux de voir ce que ça donne.

Nicolas Morin (Auteur). Jimmy Haoi [Kindle Edition] – EUR 1,14 TTC

Posted in littérature | 1 Comment

SGB XXL (#2)

Si vous vous en souvenez j’ai fait une présentation à l’ABES, ainsi qu’à l’AUSSIDEF, concernant les Systèmes de Gestion de Bibliothèque dits de “nouvelle génération”, au printemps dernier : j’en avais parlé ici lors d’un billet précédent : SGB XXL (#1).

Depuis lors un groupe de travail s’est constitué sur cette question, soutenu par l’ABES : cf leur billet sur Un projet de système de gestion de bibliothèques mutualisé.

Le groupe travaille. En particulier, il a produit un document de 5 pages à destination des prestataires qui travaillent sur ce type de produits, en particulier Ex Libris Alma et OCLC WMS.

Vous trouverez ci-joint le .pdf qui a été fourni aux prestataires et qui nous servira, jusqu’en décembre, de base de discussion avec eux.

Vous verrez qu’au-delà des questions techniques et fonctionnelles, une thématique traverse le document : comment avoir un outil qui soit de très grande taille, standard, et customizable.

Suite des opérations sans doute courant novembre quand on commencera à avoir des réponses à nos questions.

Shared LMS France [pdf]

Posted in bibliothèques | Tagged , , , | Leave a comment

Lu le mois dernier: sept 2011

Joe Haldeman, The Forever War. (Ridan Publishing)
Dominique Manotti. Carnet rose (publie.net)
Didier Daeninckx. Le crime de Sainte-Adresse (publie.net)
David Kynaston.  Family Britain: 1951-57 (Bloomsbury)
Dave Eggers. Zeitoun. (McSweeney’s)
Gretchen Morgenson, Joshua Rosner. Reckless Endangerment (Times books)

 

The Forever War

J. Haldeman, The Forever War

Joe Haldeman, The Forever War.

Ma connaissance des classiques de la science fiction est assez limitée : j’ai loupé le coche à l’adolescence, quand la plupart des garçons, et quelques filles, s’y mettent habituellement. Mon premier souvenir de science fiction, et pendant longtemps le seul, a été la lecture, d’une traite, de toute la série Dune : mais j’avais déjà 19 ans. Et l’impact ne fut pas suffisant pour m’inciter à en lire beaucoup d’autres. Je n’en lis un peu plus que depuis deux ou trois ans, sans être devenu un “fan” pour autant, loin s’en faut, et motivé, pour l’essentiel, par mon intérêt croissant pour la vulgarisation scientifique.

The Forever War (“La guerre éternelle” dans la traduction Française) est paru en 1974. Le livre fait parti des classiques du genre. Mais aussi, finalement, d’un autre genre : le roman de guerre. Pensez à A l’Ouest rien de nouveau, à Pour qui sonne le glas, etc… Joe Haldeman s’est servi de la science fiction comme d’un cadre pour raconter la guerre du Vietnam, dont il sortait. Et c’est ce que je trouve de plus intéressant dans la science fiction : la possibilité, en échappant aux contraintes de vérisimilitude du roman “classique”, mais tout en maintenant des exigences fortes de rationalité interne, de dénuder jusqu’à l’os l’histoire qu’on veut raconter. Il y a quelque chose de très satisfaisant dans ce dénuement. C’est comme un hymne punk, une chanson des Ramones, quelque chose comme ça : on oublie Deep Purple et les solos de guitare de 15 minutes, on ramène le rock à son essence, 3 minutes de bruit et d’énergie. Ici, on oublie la fresque guerrière, l’héroïsme, la gloire, on tranche dans la chair et on ne garde de la guerre que le squelette qui la soutient. La guerre intériorisée, le rapport au temps, à la violence et à l’intégrité de la psychologie personnelle.

Dans cette veine, The Forever War est un texte remarquable, précis, fluide, ciselé, sans beaucoup de phrases en trop, tout est à sa place. Et qui parvient à faire sentir quelque chose de la nature humaine : peut-on demander beaucoup plus à un roman ?

 

Carnet rose

D. Manotti. Carnet rose

Dominique Manotti. Carnet rose (publie.net)

Trois très courtes nouvelles, le tout fait 37 pages sur ma tablette.

La première donne son titre au recueil: en 1956 une jeune femme communiste est enceinte. Un camarade la convainc que les douleurs de l’accouchement (époque pré-péridurale) sont une construction psychologique imposées par l’église et la société capitaliste, qu’en URSS on l’a montré et qu’une préparation psychologique adaptée doit permettre à la militante communiste d’accoucher sans douleur. C’est la prémisse. Et c’est très drôle : il y a avec la situation une distance qui souligne, sans agressivité, les absurdités de la situation. Texte très très court, mais très réussi.

Le second texte, Garde-à-vue mon amour est tout aussi court. Un quarantenaire en garde-à-vue dialogue avec un inspecteur, et on vient l’avertir que sa femme, dont le commissaire de police du coin est l’amant, est décédée, pendant la garde-à-vue, à leur domicile. Je vous laisse découvrir la chute si vous lisez le texte: il y a une astuce.

J’ai trouvé ce texte moins réussi que le premier, en particulier parce que le rapport entre la taille du texte et la complexité de la situation et de ses ressorts psychologiques ne “colle” pas. Il faudrait prendre plus de temps pour justifier psychologiquement les actions et les situations. Mais le canevas est rigolo, et on regrette qu’il n’y ait pas dix pages de plus pour donner plus d’épaisseur à la même histoire.

La dernière nouvelle, Nettoyage ethnique, est la plus longue des trois, elle forme à elle seule la moitié du ebook, mais pour moi c’est la moins satisfaisante. Pas l’écriture, directe, superbement rythmée, ni le canevas de base, une histoire d’incendie criminel dans un immeuble squatté, mais l’idéologie. Car c’est une histoire qui ne se contente pas de raconter, elle dénonce. Il y a des innocents, qui sont innocents, et des méchants. Qui sont méchants. Et criminels, ès qualité : les promoteurs immobiliers, les entrepreneurs de BTP, les élus locaux, les associations “vendues” à ces derniers, la police. Quand bien même ce serait une histoire vraie, ce ton de dénonciation en fait une mauvaise histoire. Bon tract, mauvaise histoire. Car les tracts sont simples, moralement, tandis que les histoires, quand elles sont intéressantes, le sont rarement.

daeninckx

D. Daeninckx. Le crime de Sainte-Adresse

Didier Daeninckx, Le crime de Sainte-Adresse (publie.net)

C’est un bon court livre, une novella. On y trouve des bizarreries attachantes, comme d’apprendre que Le Havre, et même précisement Sainte-Adresse, fut un temps, pendant la Première Guerre Mondiale, “capitale” de la Belgique. On y trouve une belle course-poursuite dans la ville. On y trouve la ville, surtout, beaucoup de noms de rues, de noms de cafés, de bâtiments du port, du concret, du béton. Daeninckx est venu, a vu, a écrit. Cette prise à bras le corps d’une ville, c’est le plus intéressant du livre. Et aussi : la femme flic qui court dans ses rues. Elle est de là, collée à la ville. C’est une belle figure bien dessinée, vivante. Et les silhouettes qu’elle poursuit dans Le Havre donnent un bon rythme à l’histoire… jusqu’à la chute, précipitée. Tout est résolu en quelques pages et, personnellement, je suis resté sur ma faim, j’en voulais encore.

D. Kynaston, Family Britain (1951-57)

D. Kynaston, Family Britain (1951-57)

David Kynaston. Family Britain, 1951-57.

784 pages d’étude sociologique sur la Grande-Bretagne de ces 6 années. Autant dire que si je l’ai fini ce mois-ci, je l’avais entamé bien avant. L’été précédent, si je me souviens bien. Et à la fois du fait de la nature du livre, qui couvre un spectre de centres d’intérêts très vaste, et du fait de ma lecture épisodique, j’en sors avec beaucoup d’impressions et d’anecdotes, mais pas avec un fil conducteur très clair.

David Kynaston utilise un nombre de sources impressionnant : la presse locale, la radio, la télévision, mais aussi beaucoup de journaux intimes de personnes issus de toutes les couches de la société. Il rend avec beaucoup de succès, je trouve, le quotidien, les soucis, les enthousiasmes de ses concitoyens des années 1950.

Avec des débats passionnants, par exemple à propos du logement et de l’arrivée, dans ces années là, d’une nouvelle architecture et d’un nouvel urbanisme qui mettent en avant ce qu’aujourd’hui on appellerait “les barres”. Très intéressant de voir les arguments de l’époque en faveur de ces constructions.

Kynaston parle aussi de l’Histoire, en particulier de l’Histoire Politique. Mais quand il parle d’une campagne électorale, ce n’est pas du point de vue des états-majors des partis, mais du point de vue du terrain : les meetings rassemblent-ils du monde? Quelles sont les questions qui préoccupent l’électorat? On a le sentiment que l’Histoire est assez largement disjointe, déjà en 1955, de l’histoire : les gens, pour l’essentiel, pensent football, niveau de vie, télévision. Ils ne pensent pas, par exemple, à la bombe H. Par inconscience des enjeux? Certainement pas. Mais peut-être, c’est du moins le sentiment que je retire du livre, par impuissance. Et les politiciens en retour sont largement impuissants : ils déplorent que la vie de leurs électeurs ne soit pas faite d’idéologie, ce qu’ils dénoncent sous le terme d’apathie. Et quand certains hommes politiques invitent leur parti à en prendre acte, c’est sur le ton, triste, des Cassandre. Ainsi Gaitskell en 1956, dont, en changeant quelques mots à peine, on pourrait réimprimer le texte à destination des idéologues et hommes politiques d’aujourd’hui :

I fancy that in the last year or two more and more people are beginning to turn to their own personal affairs and to concentrate on their own material advancement. No doubt it has been stimulated by the end of post-war austerity, TV, new gadgets like refrigerators and washing machines, the glossy magazines with their special appeal to women, and even the flood of new cars on the home markets. Call it if you will a growing Americanization of outlook. I believe it’s there, and it’s no good moaning about it…

En effet, les réfrigérateurs sont là pour rester, rien à y faire…

Zeitoun

D. Eggers. Zeitoun

Dave Eggers. Zeitoun.

C’est un reportage de plus de 200 pages, écrit par un romancier. Abdulrahman Zeitoun est un immigré Syrien installé de longue date à la Nouvelle Orléans, marié à une femme d’origine américaine convertie à l’Islam, père de 3 petites filles, patron d’une entreprise de peinture. Une success story à lui seul. Puis l’ouragan Katrina arrive. Sa femme et ses filles partent la veille, alors que la tornade approche de la ville. Lui décide de rester. Pour s’occuper de sa maison, de son business, des chantiers en cours, des maisons de ses clients. Et les digues cédent. Zeitoun a, dans son garage, un canoe-kayak; il s’en sert pour sillonner les alentours, aider les personnes qu’il croise dans ce quartier où il connait tout le monde et qui sont coincées dans leur maison, transportant eau et nourriture dans son canoe toute la journée. Il parvient, le téléphone d’une maison proche fonctionnant encore, à appeler chaque jour sa femme, réfugiée finalement dans l’Arizona. Puis l’armée se pointe chez lui un matin, et après avoir jeté un oeil à sa pièce d’identité, vu son nom et sa figure, l’arrête. Il restera plusieurs semaines au secret, dans une prison de fortune, ses droits bafoués, sans pouvoir contacter sa famille ni bénéficier d’aucune assistance légale, avant de pouvoir être libéré.

L’hystérie américaine de l’après 9/11.

Le livre de Dave Eggers retrace cette histoire en même temps qu’il est un portrait de Zeitoun et de sa famille. C’est extrêmement efficace, la prose est très propre et tendue, vivante et directe. Pour autant, Dave Eggers prend le temps de construire les situations et, surtout, les personnages. Abdulrahman Zeitoun n’est pas juste quelqu’un qui, un matin, se retrouve dans son canoe à parcourir une Nouvelle Orléans inondée. Eggers nous apprend à faire ce que ses geoliers et, par extension, l’Amérique qu’ils représentent, n’a jamais su ni voulu faire : prendre le temps de connaître le parcours de cet immigré, être capable de le percevoir dans sa complexité, avec l’épaisseur d’une personnalité entièrement formée, et non pas comme une caricature ou un nom qui “sonne bizarre”. Les pages sur l’histoire de Zeitoun et de sa famille, sur son enfance en Syrie, son frère aîné, champion de natation longue distance en mer, sont les plus belles. Par bien des aspects, et même si le sujet est très différent, ce livre m’a fait penser aux Stones de François Bon : ce n’est pas une oeuvre de fiction littéraire mais c’est indéniablement un travail littéraire, à partir d’un matériau documentaire.

C’est le premier livre que je lis de Dave Eggers, mais l’homme est intéressant à d’autres égards : outre l’écriture de ses propres livres, Eggers a fondé la maison d’édition indépendante McSweeney’s, ainsi que le mensuel littéraire The Believer, auquel je suis abonné depuis plusieurs années, et enfin une organisation “not-for-profit”, 826 National, qui fait du soutien scolaire pour les enfants en difficulté, de 7 à 18 ans, dans 8 grandes villes américaines. C’est donc un auteur “engagé”, dans le meilleur sens du terme.

Reckless Endangerment

G. Mortenson. Reckless Endangerment

G. Mortenson et J. Rosner. Reckless Endangerment.

Vous vous souvenez d’Enron? La scandaleuse faillite frauduleuse d’un géant Américain de l’énergie? Vaguement? Ca n’est pas très grave car si Enron était une très grosse entreprise et que sa chute a fait quelques dégâts, les causes étaient assez simples : elle était dirigée par des voyous. Par contre vous devriez vous souvenir de la crise des subprimes en 2008, de Fannie Mae et de Lehman Brothers : pas parce que c’est plus récent, mais parce que c’est plus proche. C’est une crise structurelle, dont aucune leçon n’a été tirée, qui se reproduira donc et à laquelle la crise actuelle des dettes souveraines européennes ressemble, finalement : on est encore dans cette histoire.

Reckless Endangerment reconstitue par le menu, sur plusieurs centaines de pages, les origines de la crise des subprimes. Et franchement, c’est passionnant, en particulier parce que dès qu’on commence à creuser un peu, les choses deviennent complexes, les rôles sont plus variés, les responsabilités ne sont pas toujours celles qu’on croit.

Pour commencer, petit rappel : qu’est-ce qu’une “subprime”? C’est un prêt immobilier, pour lequel l’emprunteur présente une capacité de remboursement “non optimale” (subprime). Quand on regarde l’historique de crédit de l’emprunteur, son taux d’endettement après emprunt (traditionnellement 35% de ses revenus au maximum), le montant emprunté par rapport à la valeur du bien immobilier acquis, il est suffisament bien positionné pour qu’on lui prête, mais tout juste. S’il est “tout bon”, au contraire, son prêt est “prime”.

Les prêts subprimes ont toujours existé : ce n’est pas leur existence qui a créé la crise, pas plus que les tulipes n’ont provoqué par leur seule existence la crise des tulipes dans les Pays-Bas du XVIIème. Le problème, tulipes ou subprimes, c’est quand une “bulle spéculative” se créé autour d’un produit. Et tout l’intérêt du livre, c’est de montrer comment la bulle immobilière s’est constituée.

C’est une histoire pleine d’ironies.

La crise de 2008 n’aurait jamais pu exister sans Fannie Mae : créé en 1938, pendant la dépression, par le Gouvernement fédéral Américain, c’est alors une entité publique qui ne prête pas directement aux particuliers, mais achète leur dette aux banques, jouant ainsi un rôle de caution favorisant l’accès des citoyens au prêt immobilier dans un contexte de grave crise économique. En 1968, Fannie Mae est partiellement privatisée: la Présidence cherche de l’argent pour la guerre du Vietnam. Mais le rôle Fannie Mae ne change pas et le marché continue, et continuera à raison, à estimer que Fannie Mae représente la caution du Gouvernement sur les prêts achetés.

Rien ne change fondamentalement jusqu’en 1992, et une loi, le Federal Housing Enterprises Financial Safety and Soundness Act, qui ironiquement vise initialement à mettre des garde-fou à l’activité de Fannie Mae, mais introduit un élément nouveau, lourd de conséquences. Les élus du peuple donnent en effet à Fannie Mae une nouvelle mission : faciliter l’accès à la propriété des citoyens, en particulier des membres de minorités, qui peinent à emprunter dans le circuit classique des prêts bancaires. C’est une demande particulièrement pressante à Gauche de l’échiquier politique, et Bill Clinton en fera une des priorités de son gouvernement.

La mission de Fannie, favoriser l’accès au capital quand le capital fait défaut sur le marché, c’est-à-dire en période de crise, impliquait une gestion prudente des achats de prêt : on regardait la rareté du capital, mais les mêmes règles de sélection s’appliquaient à tous les emprunteurs. Désormais, l’état d’esprit est différent : pour des raisons politiques, id est l’accès à la propriété du plus grand nombre, on pousse Fannie à être moins regardant sur les prêts récupérés. Le premier contrôle à tomber sera l’obligation d’avoir un apport : votre banque vous propose maintenant un prêt représentant 100% de l’achat, sachant que fannie sera derrière pour cautionner et racheter ce prêt.

Mais à vrai dire il ne faudra pas beaucoup pousser Fannie Mae pour qu’ils se lancent dans l’aventure : dans ce contexte, le volume financier des prêts récupérés par Fannie Mae va exploser, et puisqu’on en a fait un objectif politique, on va caler les primes des dirigeants de la société para-publique sur ce critère. Et petit à petit, sur des années, de 1992 à 2008, toutes les barrières vont céder, jusqu’à ce qu’on finisse par prêter à n’importe qui, jusqu’à ce qu’il suffise, dit le livre, d’avoir l’air vaguement vivant pour accéder à un prêt.

Et comme il y a de plus en plus de prêts, tout le monde va s’y mettre, et les mécanismes de montage vont devenir de plus en plus complexes. Avant cette période, une banque fait un prêt, et peut le revendre à Fannie Mae, ce qui lui permet de dégager la somme pour faire un nouveau prêt à quelqu’un d’autre; mais si Fannie ne le prend pas, pour une raison ou une autre, la banque le garde dans ses comptes jusqu’à la fin. Jusqu’à l’apparition des “pools” dans ce secteur : plutôt que de vendre des prêts un par un, on les regroupe par milliers dans des “portefeuilles” qui sont proposés à des investisseurs sur le marché.

Et là interviennent les agences de notation : si un banquier a évalué un prêt particulier, il est impossible d’évaluer des milliers de prêts d’un coup. Les agences le feront. Sans le faire. Avec une incompétence que le livre documente très bien. Mais, nouvelle ironie, les agences ont pu jouer ce rôle parce que le secteur public leur a explicitement confié cette mission et cette autorité : la conférence de Bâle, qui regroupe les autorités financières d’une dizaine de pays financièrement “importants”, déclare en effet en 2001 que ce sont les agences qui évalueront ces pools. Les agences sont dès lors intronisées par les Etats : or d’une part elles ont un conflit d’intérêt du fait que les banques paient pour faire évaluer leurs pools, et d’autre part elles ne comprennent rien aux pools qu’elles analysent. Il faudrait qu’elles aillent faire de sérieux sondages dans les prêts qui le constituent, et elles ne le font pas : la démarche serait trop onéreuse.

En 2001 toutes les pièces du puzzle sont en place et la bulle démarre vraiment.

En 2008 quand elle explose, le statut “semi-public” de Fannie Mae apparaît au grand jour : le contribuable éponge le passif.

Robert Musil disait quelque part qu’il aurait souhaité que les hommes politiques de son temps soient des sortes de majordomes, qu’ils s’occupent que la maison soit chauffée, le garde-manger rempli, la maison tenue sans ostensation. En particulier parce que, dit-il en substance, la science, l’économie et le fonctionnement du monde sont devenus d’une telle complexité qu’on demande désormais à l’électeur (un boucher, dans l’exemple de Musil) la puissance de raisonnement et d’analyse d’un Leibniz. Et ce boucher n’en demande pas moins des élus qu’il se choisit. Le problème, finalement, n’est pas tant que ni le boucher ni l’élu ne soient des Leibniz, mais c’est que ne l’étant pas ils prétendent malgré tout avoir des idées : si seulement l’élu acceptait de n’être qu’un bon majordome!

Quand aux gens d’argent qui ont joué un rôle majeur dans cette aventure, ils m’inspirent la chose suivante : dans un Etat de droit et une société fonctionnelle, les criminels sont stupides; ce n’est que dans une société profondément corrompue que les criminels sont les “malins”. Presque tous les acteurs de la crise des subprimes  excercent encore, aujourd’hui, d’importantes responsabilités politiques et économiques. Ce sont des malins.

Posted in littérature | Leave a comment

Mémoire vive chez publie.net

Mémoire vive

N. Morin. Mémoire vive

François Bon publie chez publie.net 11 nouvelles dont je suis l’auteur, rassemblées sous le titre Mémoire vive.

“Web social” jusqu’au bout des ongles, j’ai modifié immédiatement ma “landing page” http://about.me/nicomo. Pas la photo, mais le texte. J’ai ajouté à enthusiast, entrepreneur, father, husband, librarian, reader un nouveau qualificatif : author. Le tout reste dans l’ordre alphabétique.

Avant que vous ne fassiez fausse route : ça ne parle pas de bibliothèque, ni de logiciels (encore que). Mais par contre : de sexe, de prostitution, du vieillissement, de la mort, de mémoire, de l’absence, d’éthique. Mais aussi des Cévennes, des systèmes de versioning logiciel (vous voyez), des Gauloises Caporales, de Thomas d’Aquin, d’agents immobiliers et de tueurs à gage, de la piscine Pailleron, à Paris, des carengue qu’on pêche au large de Lagos.

Ai-je mentionné le sexe et la prostitution? Achetez-le : 3,49€ seulement!

Je suis ravi de cet événement :

  • une publication littéraire, ça se savoure. Surtout que je suis un tardif : première publication à 40 ans. C’est en partie parce que j’ai fait d’autres choses, dont, ces 10 dernières années : construire une maison d’architecte, la vendre, une enfant, la vendre, une entreprise, la vendre, etc. Bref si j’ai toujours été intéressé par l’écriture je suis surtout un “touche-à-tout” et n’ai pas consacré l’énergie qu’il fallait à l’écriture avant l’été 2010 : les vacances ont parfois du bon.
  • Je suis ravi d’aller chez publie.net. J’ai toujours travaillé dans l’informatique (documentaire), le web, et réfléchi, professionnellement, à ce que le web changeait. La réponse est finalement assez simple : tout. Et, pour paraphraser un entrepreneur connu : ce que le web n’a pas encore changé, il le fera. Publie.net est l’une des maisons d’édition qui, en France, cherche avec le plus d’acharnement, par la pratique, un nouveau modèle économique et littéraire en ligne. C’est un lieu d’accueil assez naturel pour moi et je n’ai pas cherché, à vrai dire, à aller ailleurs.

Cette publication va avoir un impact sur ma présence web, qui va donc voir apparaître une activité littéraire qui n’y existait pas jusqu’ici :

  • mon compte twitter, @nicomo, sera donc un mix de bibliothèques, d’informatique, et de littérature
  • j’ai créé une page facebook pour le livre
  • on peut aussi me trouver sur GooglePlus depuis quelques temps
  • enfin ce site même s’enrichira désormais d’un contenu littéraire au côté du contenu bibliothèques/informatique

Vous êtes libres de réagir et de dialoguer autour de ces nouvelles à l’un ou l’autre de ces endroits. Pour ça, bien sûr, il faut commencer par le lire : ai-je mentionné qu’en plus du sexe, il y avait aussi de la violence? Allez-y voir : Mémoire vive.

PS : j’en profite pour signaler à ceux qui ne le sauraient pas que publier n’est pas glamour. Du tout. Merci à François Bon (et quelques autres) pour le travail réalisé pour ce texte, de la correction à la mise en page aux épreuves à la commercialisation aux déclarations de taxes à la paperasse et ainsi presque sans fin : pour que vous puissiez lire sur votre tablette, pour quelques maigres euros, ce texte et d’autres, il faut sa volonté, sa patience et, tout simplement, son travail.

Posted in littérature | Tagged , , , , , , | Leave a comment

Lu le mois dernier : août 2011

Joseph O’Neill, The Breezes (Harper)
Patricia Cornwell, The Body Farm, trad. française L’espace des corps.
Georges Simenon. La tête d’un homme. (Omnibus)
Georges Simenon, Monsieur Gallet, décédé. (Omnibus)
Hervé Guibert, Mes parents. (Gallimard)
Michel Polac, Journal 1980-1998 (PUF)
Michio Kaku, Physics of the Impossible (Doubleday)
Michio Kaku, Physics of the Future (Doubleday)

Août, c’est un mois de vacances, donc un mois de lecture. Ne vous attendez pas à trouver chaque mois une quantité si importante de livres lus.

The Breezes

J. O'Neill, The Breezes

Joseph O’Neill, The Breezes (Harper)

Joseph O’Neill est un romancier Irlandais installé à New-York. Comme beaucoup de gens, j’ai entendu parler de lui en 2008/2009 à propos de son roman Netherland, qui a un été un grand succès critique et populaire. Barack Obama en a parlé, alors. Pour ce qui me concerne c’est une critique dithyrambique de Dwight Garner dans le nytimes qui m’avait poussé à acheter le livre. Qui était vraiment réussi : il arrive que la critique et le public tombent juste, semble-t-il. Si vous ne l’avez pas encore lu, faites-le : il a été traduit en Français. Sous le titre de “Netherland”. J’imagine que l’éditeur, renonçant à rendre en Français le jeu de mot du titre, a préféré laisser aux lecteurs Français le soin de comprendre toute la finesse de l’auteur.
Blague à part, et en guise de digression : la pratique de ne pas traduire le titre d’un livre anglophone s’est développée ces dernières années, me semble-t-il; elle est courante dans le cinéma depuis bien longtemps. Avec des résultats parfois absurdes, comme quand le film “Up in the air” est sorti en France sous la traduction de “In the air”. On a sans doute imaginé que le “Up” ne serait pas compris, non plus que l’allusion à la fois à l’indécision et à l’aviation, et on a donc fait un “faux titre anglais”.
J’attends sans impatience excessive les même tartufferies pour le livre.
Mais revenons à J. O’Neill.
Le succès de Netherland aidant tous les titres de J. O’Neill ont été réédité avec une mention “by the author of Netherland”.
The Breezes est donc un roman ancien, publié en 1995; le second de l’auteur, qui avait alors 29 ans.
La famille Breeze est pathétique, du narrateur, qui hésite, dans la vie, entre comptable et créateur de chaises design, à sa soeur hôtesse de l’air hystérique, au père qui, en fin de carrière et de course dans les chemins de fer, soutient au delà de tout espoir raisonnable ses enfants.
Le ressort narratif est le hasard malencontreux qui frappe le père et, à travers lui, toute la famille. La mère est décédée il y a plusieurs années frappée par la foudre. Et soudain le père perd son chien, est cambriolé, perd son emploi, et son meilleur ami dans un accident de voiture.

Ca n’est pas un drame, ceci dit, puisque le fils avoue qu’il ressent tout au plus “a dull surprise”.

Comment écrire la passivité sans produire un texte ennuyeux? Comment décrire la platitude des personnages sans produire un texte plat?
O’Neil tente le coup avec des passages comme celui-ci: “A heart of gold: I guess it’s no surprise that Pa should resort to platitudes like this. That’s how he often deals with difficulties, by grasping on to tried and tested sayings as though they were the warm rungs of wisdom’s ladder.”

Le père Breeze en particulier est tout entier fait de clichés, il pense et dit des clichés, ses émotions sont authentiques, sans doute, mais toutes sont systématiquement attendues. J’en ai déjà croisé plusieurs de ces philosophes de comptoir qui passent toute leur vie à la moulinette de jugements dignes du journal de 13h. Ces personnages n’ont pas assez d’imagination pour vraiment faire usage de leur libre arbitre.

On sent qu’O'Neill hésite. Il ne fait pas verser les personnages, ni les situations, dans la caricature; les malheurs s’accumulent sur la tête des O’Neill, mais pas au point de les jeter hors de leur passivité ou de les écraser. Pas au point d’en faire des symboles. En même temps, leur passivité ne les rend pas sympathiques: difficile d’éprouver beaucoup d’empathie pour des légumes, même hystériques. O’Neill arrive bien à leur donner une bonne épaisseur psychologique, mais malgré tout il arrive un moment on ne souhaite plus vraiment savoir ce qui va leur arriver ensuite.

P. Cornwell, La séquence des corps

Patricia Cornwell, The Body Farm.
L’exemplaire, trouvé dans une maison de passage, avait déjà été trempé au moins une fois dans la baignoire. Je l’ai achevé en trois bains sur trois jours, qu’on n’en parle plus.
C’est la première fois que je lis un Patricia Cornwell. C’est efficace comme ces films hollywoodiens qu’on oublie dès la sortie du cinéma. Tout y est, tout est convenu ou presque, dans la structure générale comme dans le style. Il y a de l’amour, une histoire principale et une intrigue secondaire, la première publique et la seconde privée, qui semblent être sur des rails parallèles mais finissent de façon inattendue par se rejoindre, il y a en apothéose la confrontation de l’enquêteur et du tueur. En l’espèce la confrontation de l’enquêtrice, Kay Scarpetta, et de la tueuse. C’est ce qui est le plus intéressant ici, la place prépondérante donnée aux personnages féminins dans une intrigue policière. Et aussi la place donnée à la science: Scarpetta est médecin légiste.
Ces femmes ont une réelle épaisseur psychologique, et parlent de leur homosexualité ou de leurs problèmes d’alcool. Même si ces thèmes sont souvent abordés par des formules franchement stéréotypées.
Pour le reste, l’intrigue est abominablement intriquée et, pour tout dire, assez peu crédible. Et le style est assez terrible. Je l’ai lu en Français mais je crois le livre, malheureusement, assez fidèlement traduit.
Après je suis sorti du bain, j’ai vite écris cette note, et j’ai oublié à peu prêt tout, sauf quelques détails troublants. Que Scarpetta conduit une Mercedes 500E, et qu’il y a des types de sparadraps industriels qui ont plus de 50 films de trames et 30 fils de chaines. Ça doit bien coller ces machins-là.

Tout Maigret

G. Simenon, Tout Maigret, 1

Georges Simenon. La tête d’un homme.
J’avais lu il y a bien longtemps le remarquable “Chien jaune”, un Maigret écrit en 1931. Puis, il y a 2 ou 3 ans, un autre Maigret, “Pietr le Letton”, écrit en 1929-30. Dont l’antisémitisme était, pour tout dire, assez rebutant. Dans une autre maison de passage j’ai dégotté ce troisième Maigret, “La tête d’un homme”, dont l’écriture est de 1931 aussi.
Simenon écrit vite: un Maigret de cette époque-là, c’est un mois de travail.
Et la chose qui frappe le plus par rapport au Patricia Cornwell écrit précédemment, c’est la simplicité et l’économie de moyens. Le style est sec et direct, et l’arc de l’intrigue est simple. Il n’y a à proprement parler aucun rebondissement, simplement des informations sont soustraites à l’information du lecteur et distillées au fur et à mesure. Encore qu’en fait il n’y ait pas vraiment de progression fluide, l’essentiel des informations est donné dans les 10 dernières pages.
C’est l’histoire, en deux, mots, d’une sorte d’anarchiste qui commet un crime “pour rien” et en fait accuser un autre avant, trop intelligent, de jouer avec Maigret et de se faire prendre, par nihilisme.

Georges Simenon, Monsieur Gallet, décédé.
Écrit en 1930. Bien supérieur au précédent. Les caractères, plus nombreux, sont plus subtilement et complètement dessinés. Et l’intrigue, sans être non plus très riche de rebondissements, est elle aussi un peu plus astucieuse et intéressante. De même que les tons du décor, un hôtel de bord de Loire plein de vacanciers, en été, et d’autochtones qui vont du jardinier au médecin, à l’inévitable hobereau.

Bref Simenon est certainement un meilleur écrivain que Cornwell, mais j’avoue ne pas comprendre pourquoi on crie au génie: ces polars de 1930-1931 aurait dû être oubliés sinon en 1932 au moins vers 1950.
Ce qui est déjà très honorable: Simenon bouscule le cadre du whodunnit classique à la Conan Doyle sans le briser tout à fait. Pendant qu’il pond ces Maigrets, le Hardboiled Américain est en train de se mettre en place, avec la troïka Hammett-Cain-Chandler, qui débarquera en Europe après la guerre. C’est à cette source-là qu’un Manchette ira s’abreuver, et le travail de Simenon ressemble plus, je trouve, à un (lucratif) cul-de-sac qu’à autre chose.

H. Guibert, Mes parents

Hervé Guibert, Mes parents.
Voilà ce que ferait un bon libraire: il commanderait Mes parents, que Gallimard propose encore dans l’édition originale de 1986, au prix unique de 59 francs, ou en Folio de 1994 à 3,89€ (Que ces ouvrages qui n’ont pas été réédité depuis le passage à l’Euro paraissent abordables…) – il commanderait ce livre, donc, et il le mettrait sur table. Une bonne pile. Je ne sais pas pourquoi Gallimard ne réédite pas ce livre. Problème juridique? Négligence?
Mes parents: le titre est trompeur. Le livre parle en fait d’Hervé Guibert plus que de ses parents. Il est d’un narcissisme triste, une personnalité trop jeune pour ce livre, hypersensible et qui ne s’est jamais construite : c’est le sentiment que ça me laisse, en tout cas. On a envie de lui foutre des baffes en lui disant d’arrêter de se regarder le nombril ou, pour parler comme lui, sa “verge flasque”.
Mais c’est en même temps ce caractère qui n’est pas entièrement formé, encore adolescent dans le ressentiment, la haine et l’amour, de soi et de ces parents qui sont niés sinon comme part de soi, qui fait toute la tension du livre.
Comme les adolescents, Guibert utilise mal à propos la grossièreté pour choquer des parents et lecteurs, il se regarde dans la glace â mesure qu’il avance dans l’écriture comme les ados qui se regardent dans les vitrines le long de la rue piétonne. Mais comme les ados aussi il est incroyablement sincère. Il découpe et ausculte. Il creuse au plus profond pour trouver la source de toute choses, et aussi pour faire mal, à lui-même comme à ses parents.

M. Polac, Journal

Michel Polac, Journal 1980-1998 (PUF)
Le journal est un genre à soi, qui a ses inconditionnels, dont je suis. Certains, rares, sont des chefs d’oeuvre de la littérature. Celui de Witold Gombrowicz est au tout premier rang, et j’ai donc eu plaisir à voir que Michel Polac l’avait aussi beaucoup aimé.
Le sien n’est certes pas un chef d’oeuvre, mais je le range dans les très bons journaux parce qu’il a ce qui fait la qualité première du journal: l’honnêteté. Un journal ne supporte pas le mensonge, et tout particulièrement le mensonge à soi-même; il ne supporte pas les poseurs, ni les imbéciles. Un diariste peut se tromper, et même lourdement, mais il ne peut pas mentir: ça se voit trop.

Polac est intéressant parce qu’il lutte honnêtement avec son travail d’écrivain et, psychologiquement, avec la conscience aiguë qu’il a de l’écart entre ses ambitions littéraires et ses capacités. Il n’a pas naturellement du style, la langue facile des lettrés; il n’a pas un “don” pour écrire; il n’a pas non plus cette obsession d’écrire qui le ferait tout laisser en plan pour, à force de labeur, construire une oeuvre dans la longue durée. Mais il écrit et veut écrire et ce “mi-chemin” dans lequel il lutte m’émeut. Sans doute parce que je m’y retrouve en partie? C’est le lot des touche-à-tout et des amateurs…

Son honnêteté est aussi absolue quant à l’autre sujet de toutes ses attentions, en dehors de la littérature: les femmes. Il en a beaucoup, heureux homme, mais n’en est pas toujours heureux, triste destin. Et il ne se montre pas toujours à son avantage dans les relations qu’il a avec elles, mais c’est plutôt, pour ce qui me concerne, un point positif sinon de l’homme au moins du diariste. Il ne s’arrange pas.

Enfin il lit : Michel Polac a un œil très juste, un jugement très sûr. Il débusque une baudruche au premier coup d’oeil, traque avec un flair infaillible les pédants et les incontinents de la plume. Et son jugement est suffisamment vachard pour qu’on s’amuse beaucoup.
L’extrait ci-dessous est représentatif et réjouissant:

“J’ai tenté de lire Deguy (“Donnant donnant”), cela me parait le comble du chichiteux snob abscons, traficoté, emberlificoté, tiré à quatre épingles et quand soudain une phrase un peu “débraillée”, spontanée accroche, on s’aperçoit en la relisant que ce n’est qu’un lieu commun à peine digne de ma concierge (on ne vit pas le présent comme il faut parce qu’on le compare trop avec le passé, mon bon monsieur). Ce livre écrit pour séduire les femmes du monde et les petits lettrés des ambassades, salles de rédaction et universités, a toute la futile prétention des “phrases écrites sur des éventails” et formules pour les livres d’or de ces hôtesses abusives qui ne vous laissent pas partir sans un petit quelque chose d’original: Deguy doit concocter de très subtiles formules pour livres d’or (je dis bien concocter, dès son arrivée au château, car il n’y a aucune spontanéité là-dedans).
Ah retrouver mon cher Gombrowicz après-ça! Le dilettante, le capricieux, le pas sérieux si intelligent, le paradoxal, le débarbouilleur!
Le grand écrivain est celui qui vous rend son égal! Les autres ne sont que des cuistres.”

Je ne peux que rire avec lui, et il me suffit de remplacer le nom de Deguy par un autre, plus contemporain, pour rire à nouveau.

M. Kaku, Physics of the Future

M. Kaku, Physics of the Future

Michio Kaku, Physics of the Impossible (Doubleday)
Michio Kaku, Physics of the Future (Doubleday)

Les deux livres sont à peu près interchangeables, mais je vais me concentrer sur le second.

En examinant de grands domaines du savoir technique et scientifique, l’informatique, l’intelligence artificielle, la médecine, les nanotechnologies, etc. Michio Kaku, qui est professeur de physique à Columbia University, New York, examine l’avenir de ces techniques, et par là même, de l’humanité.

Chaque chapitre est structuré de la même façon : une courte introduction qui pose l’état de l’art et les grandes questions, un examen de l’avenir à court terme (2030), à moyen terme (c. 2050) et à long terme (c. 2100).

Le livre souffre de petits travers de détail, et d’un problème de fonds, mais il est finalement très amusant et intéressant.

Ca n’est pas très bien écrit, et on sent l’abus de copier-coller, et aussi la facilité et le cliché : Vincent Cerf apparaît deux fois dans le livre, à chaque fois comme celui “qui a inventé internet”; Kaku utilise des dizaines de fois la phrase “I had the chance” : de rencontrer tel chercheur, de visiter tel laboratoire, etc. ; surtout il semble penser que nous sommes incapables de saisir une analogie ou de faire preuve de la moindre imagination, et nous renvoi toujours aux films, Star Trek et Star Wars en tête. C’est lassant.

Ensuite, le problème de fond : même s’il extrapole à partir des connaissances actuelles, il ne sort finalement pas du cadre, ce qui est sans doute la limite de ce genre d’exercice de toute façon. Il est impossible de “changer de cadre” et ce type d’effort de prédiction ne peut guère prendre en compte une révolution scientifique future dont, par définition, on ne sait encore rien.

Bref, paradoxalement, Michio Kaku semble timoré dans ses prédictions.

On regrettera aussi les derniers chapitres, qui évoquent l’avenir de la richesse, et l’avenir de l’humanité : Kaku y est à son plus faible, il est scientifique et, de toute évidence, ni philosophe ni sociologue.

Il n’empêche c’est très amusant et stimulant de penser à ces futurs possibles. D’imaginer par exemple qu’à chaque fois que vous vous brosserez les dents et que vous cracherez dans votre lavabo, une cellule analysera l’ADN de votre salive et proposera un suivi génétique permettant, entre autres, de repérer des mutations pré-cancéreuses.

Ou encore la possibilité de faire bouger des objets dans l’espace par la pensée. Si, si, soyez patient : vers 2090, ce sera possible.

Posted in littérature | Leave a comment

Lu le mois dernier : juillet 2011

- David Dobbs, My Mother’s Lover (Kindle Single / The Atavist)
- Siddhartha Mukherjee, The Emperor of All Maladies (Simon & Schuster)
- Rebecca Skloot, The Immortal Life of Henrietta Lacks (Random House)
- J.G. Ballard, Concrete Island (Harper)
- Brooke Gladstone and Josh Neufield, The Influencing Machine (W. W. Norton)

Juillet, c’est un mois de vacances, donc un mois de lecture. Ne vous attendez pas à trouver chaque mois une quantité si importante de livres lus. Mais qui dit vacances ne dit pas toujours frivolité ni légèreté, si j’en juge rétrospectivement par les thèmes abordés dans les livres lus ce mois. Qui pourtant était gai et ensoleillé. Comme quoi.

Etrange comme la France, patrie de l’inventeur de l’Essai, Montaigne, n’a pas finalement adopté ce genre pour soi, et comme il est devenu anglo-saxon. Le texte de David Dobbs relève du genre très clairement : c’est, à la première personne, une courte biographie de sa mère. Plus exactement de la relation de celle-ci, avant sa naissance, avec un amant disparu au combat pendant la Seconde Guerre Mondiale. J’aime le genre : on parle à la première personne, mais on objective au maximum le sujet, on recherche et on documente, on recoupe l’information et on traite en journaliste d’investigation d’une affaire si intime que la filiation, l’amour, la fidélité, la construction de soi.
C’est trop long pour un article de revue, trop court pour un livre à soi : c’est un essai. Très réussi.
C’est un écart personnel pour David Dobbs qui, “dans le civil”, est journaliste scientifique. Il tient en particulier un blog sur les sciences et la neurologie sur Wired Magazine (cf http://www.wired.com/wiredscience/neuronculture). C’est de là que je connaissais son nom.
Son essai est paru dans The Atavist (http://atavist.net), ce qui ne gâte rien : c’est un projet éditorial intéressant, un “pure player” web qui fait paraître, justement, des “essais”. C’est-à-dire que l’accent mis sur les plateformes mobiles, en particulier l’iPad, s’accompagne d’une ligne éditoriale très forte. The Atavist tient les deux bouts.

My Mother’s Lover, donc, est une enquête sur la perte, de son amant par la mère, et finalement du deuil de David Dobbs lui-même qui, lorsqu’il écrit ce livre, a perdu sa mère.
J’ai perdu moi aussi ma mère. Fin mai 2011, après une lutte de plus de dix ans contre le cancer. Chacun réagit comme il le peut à un deuil. Moi, entre autres choses, je lis. En particulier une “biographie” de cette maladie, le remarquable Emperor of All Maladies de Siddhartha Mukherjee. Cet ouvrage est ce qu’on fait de mieux en terme de vulgarisation scientifique à l’ango-saxonne. Pourquoi est-ce que je précise “à l’anglo-saxonne”? Parce qu’ils ont tradition de vulgarisation scientifique qui est sensiblement différente de la notre : en France, la vulgarisation scientifique prend souvent la forme de la didactique : c’est l’enseignant qui simplifie sa recherche en un cours que les amateurs curieux peuvent digérer. On est dans la tradition professorale. C’est très différent en Anglais où le discours est très personnalisé : on est dans le “story telling” et S. Mukherjee parle à la première personne, de ses sentiments comme médecins, de tels cas particuliers de patients. La vulgarisation scientifique de cette tradition oscille d’une histoire personnelle (le cancer de “Carla” que traite le médecin et dont on suit l’évolution comme un fil conducteur pendant tout le livre) à une histoire scientique qui, elle aussi, est très personnalisée : une recherche, une avancée, un problème scientifique est toujours incarné dans une ou plusieurs personnes.
Ca rend la chose éminemment lisible, sans perdre, je trouve, de son intérêt “scientifique”. J’ai compris beaucoup de choses sur le cancer avec ce livre remarquable. Et aussi beaucoup de choses sur la recherche au XXème siècle. Car le cancer est, certainement, *la* maladie du siècle. Par son impact sociétal. Par l’évolution de notre compréhension de la maladie, avec la succession des approches : surgicale, radiologique, chimiothérapie et finalement génétique.
Et le plus troublant, finalement, c’est de comprendre combien le cancer est proche de nous : d’une certaine façon, le cancer, c’est la réussite ultime de nos cellules, qui deviennent se multiplient sans plus connaitre la mort. La cancer, ce sont nos cellules devenues immortelles.

L’intersection de la génétique et de la vie sociale est aussi au coeur du livre de Rebecca Skloot sur la vie immortelle d’Henrietta Lacks.
Henrietta Lacks était une jeune mère de famille noire qui décèda en 1951 d’un cancer foudroyant. Un chercheur de l’hopital Johns Hopkins où elle était soignée a prélèvé quelques cellules cancéreuses sur la patiente. A l’époque on ne sait pas maintenir en vie in vitro une lignée de cellules. Les cellules prélevées, baptisées HeLa, seront les premières à survivre ainsi et à permettre une recherche directement sur la cellule.
Le livre suit deux tracés en parallèle : une histoire scientifique des cellules HeLa et des recherches auxquelles elles ont donné lieu (http://en.wikipedia.org/wiki/HeLa); l’histoire d’Henrietta Lacks et de ses descendants (http://en.wikipedia.org/wiki/Henrietta_Lacks).
La famille Lacks est noire et très pauvre, oscille dans les années 1940 et 1950 entre le sud où elle est encore implantée, et le nord industriel (Baltimore) où l’industrialisation permet d’avoir plus de travail et où on s’installe. Rebecca Skloot fait un travail remarquable d’histoire familiale. Et il faut avoir le coeur bien accroché pour lire tout ça.
Elle est particulièrement forte pour mettre en avant la vision qu’à la famille Lacks de ses interactions avec le monde blanc et dominant de la médecine. Les incompréhensions, les angoisses, parfois fondées, d’exploitation.
On ne demande évidement pas son avis à Henrietta Lacks avant de lui prélever quelques cellules qu’on étudiera ensuite : en 1951, une patiente noire et pauvre ne pose pas de questions aux médecins blancs; mais à l’époque la notion de consentement du patient n’existe pas, tout simplement.
Tout le problème du livre est là : dans l’interaction entre les deux mondes. Rebecca Skloot est explicitement là pour corriger des torts. Et son raisonnement est à peu prêt toujours le même : ce qu’on a fait à Henrietta Lacks n’était pas illégal en 1951 mais l’aurait été quelques années plus tard. C’est une injustice.
Le raisonnement me semble biaisé : on dit bien que ce n’était pas illégal et même pas vraiment anormal pour l’époque, mais on sous-entend très clairement que c’est une injustice. Comme si on disait d’un automobiliste qu’il a roulé dans Paris sans s’arrêter une seule fois à aucun feu rouge, qui n’existaient pas à l’époque, mais qui ont été installé quelques années plus tard. Dangereuse attitude.
Cette odeur de politiquement correct qui traverse le livre est d’autant plus dommage qu’on n’a pas besoin d’elle pour sentir et saisir ce qui est arrivé aux Lacks : pas besoin de tomber à bras raccourci sur le chercheur qui a prélevé ces cellules en 1951 selon les règles de l’époque pour faire saisir le malheur très réel d’Henrietta Lacks et des siens.
Bref, c’est un remarquable livre raté.

Un roman pour finir : J.G. Ballard, Concrete Island.
J’aime l’idée de départ, pour sa simplicité et son efficacité. C’est une reprise du thème de Robinson Crusoe. Mais moderne. Le personnage principal roule sur un énorme échangeur autoroutier dans la banlieue de Londres; alors que la route est déserte il a un accident et sort de la route. Sa voiture se crash dans un terre-plein herbeux en contrebas de l’échangeur. C’est son ile. La configuration des lieux est telle qu’on ne le voit pas de la route, et qu’à pied, il ne peut pas remonter sur la route. Il entend le traffic au dessus de lui, mais il ne peut pas sortir. Il va devoir survivre ici.
Ballard est très méticuleux dans la façon dont il déroule toutes les conséquences logiques de cette prémisse. Il faut manger, et boire. Et aussi tenter de sortir de l’ile, tenter d’alerter des secours, etc. C’est vraiment très bien fait, et très original, mais c’est peut-être de façon un peu paradoxal une des limites du livre : Ballard est trop méticuleux, et ça déroule trop mécaniquement.

Je ne parle pas du livre de Brooke Gladstone lu aussi ce mois-ci : je l’ai déjà fait dans mon compte Google Plus le 14/07.

Posted in littérature | Comments Off

SGB XXL (#1)

J’ai mis en ligne sur le blog de l’institution pour laquelle je travaille un billet au ton tout institutionnel (c’est logique) sur les Systèmes de Gestion de Bibliothèque, Nouvelle Génération (ci-après SGB XXL du fait de leur “grande taille”).

Version moins institutionnelle ici, assortie de mes commentaires personnels.

L’avantage d’être équipé d’Horizon, comme le PRES Toulouse, c’est à la fois qu’on est bien obligé de réfléchir à son remplacement (il est arrêté par son prestataire), et qu’on a le temps (il sera maintenu encore assez longtemps par son prestataire).

On commence donc à réfléchir. Le diaporama ci-dessous est une contribution à cette réflexion. Dans différentes versions il a été utilisé 3 fois ces derniers mois : à l’ABES lors d’un atelier de réflexion sur le sujet [update 24/06/2011: CR de cet "atelier" mis en ligne par l'abes - en .pdf], à Toulouse pour une présentation aux (15) établissements qui utilisent Horizon, et à l’AG du club utilisateur Horizon – cette dernière présentation à venir la semaine prochaine : ils auront des slides bonus :)

Le diagnostique est à ce stade ce dont je me sens le plus assuré, le reste étant encore largement spéculatif.

Je suis entré dans les bibliothèques dans la seconde moitié des années 1990, alors que les SIGB étaient déjà bien implantés. On est toujours dans cette ère. Il y a eu quelques évolutions techniques des SIGB, du telnet au client-serveur au full web, mais quasiment aucune évolution fonctionnelle : un SIGB est un SIGB est un SIGB.

Il y a bien eu des avancées fonctionnelles de l’informatique documentaire, en particulier pour adapter notre activité au web et à la documentation électronique, mais ces évolutions se sont présentées sous la forme de nouveaux logiciels, séparés du SIGB : résolveurs de liens OpenURL, recherche fédérée, systèmes de gestion de la docélec, des Archives Ouvertes, etc…

Et il y a eu toute une période où la difficulté a donc consisté d’une part à suivre cette course aux nouveaux logiciels, et d’autre part à réaliser l’intégration de ces logiciels en un système d’information cohérent, tant pour la gestion interne que pour les interfaces publiques. Les résultats ont été, en tout cas en France, très contrastés : certaines bibliothèques ont bien élargi leur gamme logicielle, mais la promesse d’intégration n’a pratiquement nulle part été tenue.

Depuis 2 ou 3 ans sont présents sur le marché des ”outils de découverte” (mon établissement vient de faire paraître un Appel d’Offre pour un outil de ce type. Il doit être attribué dans le courant de l’été). Qui ont 2 traits nouveaux :

  • l’hébergement
  • non plus des connecteurs, mais des index uniques et centralisés…

On peut voir ces outils de découverte de deux façons :

  • un remplacement de la recherche fédérée, qui marche un peu mieux qu’elle, sur des bases techniques un peu différentes, mais ne change pas fondamentalement la donne
  • un premier pas, coté “opac”, vers des systèmes de gestion de bibliothèque authentiquement renouvelés dans leur conception

Je suis de la seconde école.

Plusieurs prestataires annoncent des SGB XXL. Qui ont une ambition : réunifier le système de gestion de la bibliothèque, en remplaçant l’intégralité de la gamme de logiciels de gestion qui existent dans notre périmètre par un logiciel unique, hébergé, fonctionnant sur une base de connaissance la plus vaste possible.

A ce stade il est difficile de dire si cette promesse sera remplie.

Mais je pense qu’on est certainement à un moment charnière : la période des SIGB, 1990-2010, s’achève, et les SGB XXL sont pour le futur une hypothèse que je compte bien creuser.

Je participe à un groupe de travail sur le sujet dans les 6 à 8 mois à venir : on veut creuser l’affaire et y voir plus clair sur ces SGB XXL. Si votre BU est intéressée par le sujet, vous savez où me trouver.

Le diaporama ci-dessous illustre un peu plus en détail que ce billet l’état (sans doute temporaire) de ma réflexion sur le sujet.

Posted in bibliothèques | Tagged , , , , , , | Comments Off

Of E-commerce, Meiji and, Yes, Libraries

E-commerce should be a little under $200 billions in 2011 [source], 16 years after Amazon was founded, just for the US market. Worldwide? Let’s just say : huge. And in the process, e-commerce has come to play a big role in shaping our experience of the Internet. I have often heard Amazon (favorably) compared by librarians with library opacs, library web sites and, generally, the web presence of libraries. But not very often have I heard librarians follow this idea a step further: Amazon is not a better designed opac, it’s an e-commerce site. Sounds obvious, but I want to dig a bit deeper and try to understand why it’s an important distinction to say that the difference between Amazon and my library web site is not that Amazon has “facets” while my opac does not, it’s rather that they are an e-commerce site while I run an “institutional” site, however web 2.0 it might try to be.

In the last few months, I took a strong personal interest in and learned a lot about e-commerce sites in general, and the tools and tips of that particular trade. It was for a project that I ended up shelving, but still I want to make the most of what I learned and try to think about some of the things I learned in the context of libraries.

But first I want to digress.

People who have not run a company tend to have a simplistic view of what a company does, and what it’s aims might be. Which is quite natural: I have a simplistic view, no doubt, about many activities I never personally experienced. Earning money is what a company is all about, they say. In a very broad sense, that’s correct. But way too simple. I’ve known companies dying because they couldn’t resist that big fat contract that would earn them a lot… but was too big to swallow. So you might want to actually earn less, grow more slowly. Or you might raise a lot of capital, grow really big really fast, burn a lot of cash, hence lose a lot of money, knowingly so, in order to eventually win money.

My guess is that a company’s first, most general aim is to still be relevant in 10 or 20 years. The founders might have other ideas (sell quickly?), the company might change a lot (merge, be acquired, adapt or change it’s business model, etc.), but: the business of a business is to live on.

If we frame things this way, i.e. in a very general way, that’s also, probably, the business of libraries, and of many other types of organisations and institutions.

I sometimes playfully think of libraries as 1867 Japan: we’re threatened by new actors in our backyard; Commodore Perry would be enacted by Jeff Bezos, leading the Internet Fleet to the shores of our library island, and now we rather desperately need to reform.

We need a new Meiji era.

Wikipedia tells me that in 1874 the Japanese Government spent a third of it’s budget on
Foreign government advisors. That’s probably the scale of the effort we need, in my view, and we need to think along those lines: if you can’t beat them, join them. Did Japan lose it’s soul in the process? I’m no expert on Japanese culture, but I’d say probably not.

And so among many, many, many other areas of interest, libraries should invest in the skills, i.e. mainly the people, who work in e-commerce. Because they have tools, and methods, and metrics that I feel we should be using, even if we tweak them slightly to our needs.

I just want to use one very basic exemple of what these transfers of competencies might look like.

It’s about one of the building blocks of e-commerce sites and marketing: conversion rates. They are the goals, defined by the web site manager, that visitors might achieve on the site. In an e-commerce environment, the most basic and obvious conversion is of course completing a purchase. But you could have many other goals, like: creating an account, logging in, signing up for the newsletter, creating a cart, etc. The library web site can have goals defined as well, some similar, some different from an e-commerce site: logging in, signing up for the newsletter, creating a cart… And also: using the reference service form, the opac quick-search form, etc.

Why is it important to track conversion rates for specific goals? Because otherwise it’s very difficult to improve your web site. Id est: if you have metrics for, say, the number of visitors actually using the reference service form, you can change little things to the form, how it works, where it’s being made available on the site, what the landing page upon completion of the submission process is, etc., and measure the effects of your changes. Do they really improve the service? If you don’t track these things, how are you to know?

Having conversion goals has another added interest: it requires us to think about the goals we want to set.

So, the point of this post is both that we don’t have enough hard data about our web presence, and that we should acquire more knowledge about the tools and methods used by the e-commerce crowd.

Personally, I found http://www.practicalecommerce.com/ to be a good starting point.

And this post is just one example of a more general trend: how can library managers in general, and library IT managers in particular, better use the tools of their trade. Which is about providing online services, web sites development and management, etc. Rather than Collection development.

It’s very much in the same spirit as the (very highly) recommended presentation by Emily Lynema about Iterative Development Done Simply at code4lib 2010. That is: using the tool of the trade, the tools already used outside the library.

Posted in bibliothèques | Comments Off

bibcamp11 – retour

J’ai participé au bibcamp 2011 à la BU d’Angers. Vous trouverez les comptes-rendus des ateliers sur le site du bibcamp. Personnellement, j’ai participé dans l’ordre chronologique aux 3 ateliers suivants :

  • Atelier 10 : Repenser son site web. Pas grand chose à dire sur celui-ci. On parle toujours un peu des mêmes choses, et en particulier du lien très étroit entre soutien politique, implication des équipes et succès du projet web. Ca dérive très vite, c’est symptomatique, sur des questions de RH. J’ai à nouveau, et à nouveau sans beaucoup de succès, défendu l’idée qu’il fallait des équipes informatiques internes aux bibliothèques : il me semble difficile de prétendre faire du web sans informaticiens.
  • Atelier 7 : Enquêter et agir. Très intéressant mais moins participatif dans la mesure où l’un des membres du groupe avait sur le sujet un niveau de compétence incontestablement supérieur aux autres. Nico_AsLi a fait un grand show. Et je suis sorti de là bien regonflé sur le sujet : des chiffres, des enquêtes, des focus groups, du quantitatif mais aussi du qualitatif et, surtout, des données objectives. Il en faut. Beaucoup plus qu’on n’en a jusqu’ici.
  • Atelier 3 : Innover et réussir par l’échec.

Ce dernier atelier m’a semblé le plus novateur et intéressant. Le plus drôle aussi, avec un petit côté Alcooliques Anonymes (“Bonjour, je m’appelle Nicolas, je travaille à la bibliothèque de X, je suis venu parler de mes échecs”). L’animateur de la session, le skiothécaire @gaelos, a fait remarquer que je flirtais depuis longtemps avec l’échec, ayant écrit en 2004 :

Je me demandais [écrivais-je] en buvant mon café pourquoi nous ne pourrions pas avoir des compte-rendus d’expérience menées dans les bibliothèques et *qui ont échouées*. Je pense que ce serait très instructif d’avoir un article ou deux dans notre revue relatant des expériences avortées et réfléchissant aux causes de ces échecs. Cette idée m’est venue en discutant il y a quelques semaines avec Jean Bernon de l’histoire de l’informatique documentaire (en l’occurence le premier système informatique mis en place à la BM de Lyon il y a… quelques dizaines d’années). Bref, quelqu’un ne pourrait-il pas écrire, je ne sais pas, l’histoire du projet LIBRA, par exemple?

Interrogation dont il n’était rien sorti d’ailleurs. Mais c’est dire que l’échec en bibliothèque m’intéresse depuis longtemps.

Au-delà des anecdotes sur des échecs (le plaisir de se faire raconter une gamelle de ski monumentale, vous voyez le genre…), on a quand même réussi, je trouve, à faire ressortir quelques éléments :

  • plus le projet est gros, plus le politique a de poids, et plus ça gauffre : préférer des découpages avec des projets petits… Ce qui créé une tension avec le politique, qui ne mesure les projets qu’à leur “empreinte”, financière en particulier, selon le modèle, qu’on pourrait juger caduque, selon lequel en-dessous d’une certaine somme ça n’intéresse pas les décideurs, ça n’est pas visible, etc. Il faut résister à cette tendance, lourde de potentiel d’échecs!
  • pour rebondir à partir d’un échec, il faut avoir des moyens d’analyser les causes de l’échec, et donc : des mesures, des chiffres, de l’analyse. Ce qui n’est possible que si le projet est mesuré, documenté, bref, géré! Pas de rebond donc sans, en amont, une gestion de projet, même minimale.
  • mais paradoxalement, si on est sur les rails de la gestion de projet, on gauffre: tout projet nécessite que le chef de projet, à un moment où un autre, sorte des rails et joue les pompiers
  • la question de la responsabilité a divisé la salle : faut-il faire des groupes de travail, collectiviser une part de la décision, et donc aussi de l’échec potentiel pour être en position de rebondir collectivement? Ou est-ce là une façon de diluer la responsabilité et, justement, d’empêcher le rebond? Ne doit-on pas au contraire faire des groupes de travail qui visent à recueillir de l’information mais ne sont pas décisionnaires, et que le chef de projet, la “direction”, assument les responsabilités?

En dehors de ces ateliers, il y a une chose que les comptes-rendu ne permettent pas de sentir, c’est l’ambiance. Dans un premier brouillon de ce billet, je m’étendais sur ce sujet, analysant les qui, les quoi, les pourquoi. Finalement j’ai changé d’avis et je me contenterais d’une phrase : le moral des troupes n’est pas bon.

Posted in bibliothèques | Tagged , , , , | 3 Comments

ebooks – première expérience personnelle

J’ai acheté, il y a un peu plus d’un mois, mon premier ebook. Avec quelques réserves. Je suis ce que les statistiques appellent un “fort lecteur” et j’ai une bibliothèque personnelle, toute physique, à laquelle je tiens. J’ai acheté ce premier ebook sur amazon, en édition Kindle. Quand bien même je ne possède pas de Kindle. Pourquoi sur Amazon? Bah, c’est quand même le plus commode et il y a déjà plusieurs années que j’achète presque tous mes livres par ce biais. Parce que j’achète beaucoup de livres anglophones qui ne se trouvent pas dans nos librairies. Mais aussi parce que, même pour les livres francophones, il est rare que mon libraire les ait en stock quand je passe chez lui. “Je peux vous le commander”, me dit-il. Moi aussi, je peux le commander.

J’ai fait cet achat par l’intermédiaire de l’application Kindle pour téléphone Android. Ma femme a l’app Kindle sur son iPhone. J’ai aussi une autre application pour lire des ebooks sur mon téléphone : Aldiko.

L’achat d’un ebook via Kindle pour Android n’est pas assez fluide : on est renvoyé sur la version mobile du site amazon, alors que l’achat devrait se faire de façon intégrée dans l’application elle-même. C’est d’ailleurs ce qui se passe sur la version iphone. C’est aussi ce qui se passe quand on récupère un bouquin dans Aldiko. Qui se concentre sur les ouvrages libres de droit : j’ai téléchargé Botchan, de Soseki (que j’avais par ailleurs emprunté à la bibliothèque, et donc rendu), Treasure Island, de Stevenson, A Vindication of the Rights of Women, de M. Wollstonecraft, et The Prince, de Machiavel.

Première constatation : si vous voulez pleinement profiter des ebooks sur tous les supports, vous avez intérêt à être anglophone. Les éditions françaises sont peu présentes. A qui la faute, je ne sais pas, mais il est certain que c’est un signe du peu d’influence de la France dans l’espace culturel tel qu’il se dessine en ligne. Et j’admets volontiers ne pas avoir une position très sentimentale à ce sujet; je suis comme ces nobles Gaulois ralliés à Rome : pourquoi continuer de parler Gaulois quand tout l’empire parle latin? Les Druides sont des losers, n’est-ce-pas?

La lecture elle-même est supérieure sur Kindle par rapport à aldiko, du fait des fonctionnalités offertes par le logiciel d’amazon: notes, surligner du texte, recherche, visibilité rapide d’où vous en êtes dans le texte, etc.

La grande supériorité de Kindle, surtout, c’est le multisupport : je lis quelques pages sur mon téléphone, le surlendemain je poursuis sur mon ordinateur (après avoir installé Kindle for Mac) et les deux lectures sont synchronisées : on me replace à la bonne page. A partir du moment où vous êtes dans l’accès, plus que dans la possession du support physique, l’accès doit être permanent et stable sur tous mes outils, téléphone, ordi, tablette, etc.

Mon premier ebook acheté est Atul Gawande, The Checklist Manifesto. Que je viens de finir. J’en ai lu environ 80% sur mon téléphone et environ 20% sur l’ordinateur. Je ne doute pas que j’en aurais lu une partie importante sur tablette si j’avais une tablette (mais c’est bientôt Noël, on ne sait jamais…).

Le téléphone est parfait pour une chose : la lecture en transport en commun. Vous avez de toute façon votre téléphone avec vous, pas la peine de penser à prendre en plus un livre dans votre sac à dos. Vous pouvez lire debout, assis, coincé contre votre voisin, dans peu d’espace. Et ça ne dure pas 2h, donc l’éventuelle pénibilité de la lecture à l’écran ne joue pas. Pour 15 mn de trajet et un ouvrage qui ne nécessite pas qu’on s’y plonge pendant 1h d’affilé au minimum, c’est donc très bien.

J’étais initialement réticent à l’idée d’avoir acheté un fichier plutôt qu’un objet. Mais je ne conserve pas dans ma bibliothèque tous les livres que j’achète. Certains, comme le Checklist Manifesto, sont de consommation courante et n’ont pas vocation à entrer dans ma “collection”. Il était moins cher en Kindle qu’en papier, je l’aurais immédiatement au lieu d’attendre. Vendu.

Posted in littérature | Tagged , , | Comments Off