Lu dernièrement: Olivier Rolin

Olivier Rolin. Tigre en papier.
Le personnage d’Olivier Rolin a honte de son passé Mao, certes, mais à propos de choses “privées” seulement: d’avoir donné rendez-vous à sa petite amie à un coin de rue pour que les autres ne la voient pas, par exemple. Pour le reste, ils étaient idiots, intolérants et passionés de nivellement, mais de cela il n’a pas honte. Ils étaient ignorants, et romantiques comme d’autres sont impulsifs et, mettons, grands et maigres: c’était ainsi. Et c’était l’époque… Ce qui me fait me demander pourquoi, si c’était tant dans l’air du temps, ils n’étaient qu’un groupuscule, mais c’est une autre question.
Le personnage d’Olivier Rolin parle à la fille de son ami Treize de son père, mais seulement à travers le “nous” car, explique-t-il,

“l’individu nous semblait négligeable, et même méprisable. Treize, ton père, mon ami éternel, c’est l’un des nôtres. Un des brins d’une pelote. Je ne peux pas le débrouiller, le dévider, l’arracher de nous, sinon je le ferais mourir une seconde fois.”

Vraiment? N’est-ce pas le nier une seconde fois? Le niveller, l’écrabouiller à nouveau dans la totalité du groupe?

Quant à la fille de Treize, elle est systématiquement ignorante, ne connaissant ni Calmette, ni Daladier, ni Victor Serge, ni rien à rien, en fait. Normal, ceci dit: elle est de l’âge de la pub et de l’individualisme, avec autant de relief qu’une télé plasma. Le personnage de Rolin le pose très clairement:

“il doit y avoir un rapport entre votre culte naïf du bonheur individuel, à vous autres ultra-modernes, et le fait que vous soyez si foutrement ignorants de ce que c’est que l’Histoire.”
“Tu commences à devenir pontifiant” [répond la fille].
[Et lui de se dire, sans s'y attarder:] “Elle a peut-être raison. Fais gaffe à ne pas tourner vieux con.”

Aïe, trop tard. Car il semble continuer, ce personnage de Rolin, à penser qu’on

“était très jeunes, très radicaux, assez ignorants aussi il faut bien le dire. Mais pas blasés, pas vaccinés par le dégoût, et c’est ça qui compte.”

D’enthousiastes jeunes radicaux ignorants: difficile, évidement, de vacciner des petits cons contre la maladie des vieux cons.

Je me suis arrêté vers la page 120.

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