SGB XXL (#3)

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Long long billet, allez vous chercher un café d’abord…

Suite de la série commencée en juin 2011 et octobre 2011 sur les systèmes de gestion de bibliothèque dits de “nouvelle génération”.

Le premier billet (SGB XXL #1) évoquait les questions qui se posaient aux BU face à l’arrivée anticipée sur le marché d’une offre renouvellée de systèmes de gestion ayant 2 caractéristiques nouvelles : ils utilisent le cloud; ils sont assis non plus sur un catalogue, au sens traditionnel, mais sur une base de connaissance (KB) qui inclue tous types de documents, ainsi que des données de gestion.

J’ai participé avec quelques collègues d’autres universités à un groupe de travail ad hoc sur le sujet : le second billet (SGB XXL #2) pointait les questions que ce groupe souhaitait discuter avec les prestataires qui avancent sur ces dossiers.

La question, dans ce contexte, de la KB devient cruciale, et j’ai donc continué à réfléchir sur le sujet, cf mon intervention de janvier à l’AURA.

Le projet passe maintenant à une autre phase (cf un peu plus loin) et je veux donc ici juste faire un petit bilan d’étape qui met en avant quelques éléments qu’on a pu apprendre dans cette première période.

On a rencontré plus particulièrement deux prestataires qui annoncent l’arrivée de produits de cette nature : Ex Libris avec Alma, et OCLC avec Worldshare.

Un troisième prestataire, SerialsSolutions, a annoncé au printemps 2011 s’engager dans le développement d’un produit de cette nature, Intota, mais pour une date ultérieure. J’ai discuté de façon beaucoup plus informelle et superficielle avec eux.

Description des systèmes

Architecture des données
Au niveau le plus général, une base de données globale existe qui regroupe les données partagées par toutes les bibliothèques utilisant le système : c’est le niveau appelé, par l’un de ces prestataires, « communautaire ».

Un niveau inférieur existe, qui est de nature consortiale : les données présentent à ce niveau peuvent être privées, réservées au consortium, ou publiques, auquel cas elles « remontent » au niveau communautaire.

Un niveau encore inférieur existe, correspondant à la bibliothèque au sens institutionnel. A nouveau les données peuvent être privées ou partagées avec les niveaux supérieurs, consortial ou communautaire.

Pour finir les documents, numériques ou physiques, sont attachés à un « inventaire » correspondant à une bibliothèque physique.

Globalement, il semble que la gestion des droits, tant au niveau des interventions que des données elles-mêmes entre ces 3 niveaux soit assez souple : une bibliothèque donnée peut a priori partager ce qu’elle veut avec qui elle veut. Par contre, cette structure de base à 3 niveaux (communautaire, consortial, institutionnel local) est fixe.

Architecture du système
Techniquement, l’architecture est aussi assez similaire dans ses grands principes. Ce qui est proposé c’est un outil qui soit aussi une plateforme de développement répondant aux principes de l’Architecture Orientée Service.

On a donc une série de services définis qui permettent d’interagir avec la plateforme de différentes façons :

  • workflow engine. Si le prestataire a défini un circuit de travail type pour les bibliothécaires, par exemple commander un livre, il a néanmoins défini des « points d’étape » sur lesquels la bibliothèque peut intervenir. Par exemple la bibliothèque peut définir qu’elle n’a pas besoin de l’étape de validation de la commande définie en standard par le prestataire. On est ici dans des interventions qui sont de l’ordre du paramétrage, classique dans un SIGB dans son principe. A ceci prêt que ces produits étant définis aujourd’hui, avec les méthodes de conception/développement disponibles aujourd’hui, le découpage du workflow est plus fin et les possibilités d’interventions en théorie plus importantes.
  • APIs. C’est un des changements d’architecture technique qui a le plus de potentiel pour les bibliothèques. Le prestataire donne en effet accès, de façon documentée et stable, aux APIs de son système : non pas directement aux API internes, qui nécessiteraient d’utiliser les mêmes méthodes et langages de programmation que le prestataire, mais des API externes destinées aux clients. Les prestataires assurent avoir conçu des API les plus détaillées possibles, et ce sera certainement un élément important de discrimination entre eux. A charge pour les bibliothèques, ensuite, d’être capable d’exploiter les API. Ce sera certainement un élément important de discrimination entre elles.

Prenons l’exemple d’un prêt : la fiche de l’étudiant est appelée, un contrôle sur ses droits effectué, par exemple sur d’éventuels blocages, un autre contrôle est effectué pour savoir s’il a des réservations en cours, etc. Si chacune de ces opérations est, au niveau de l’API, séparée, la bibliothèque peut faire un programme qui « intercepte » la réponse et la réutilise dans un autre contexte. On peut imaginer, par exemple, un programme qui vérifie la présence dans le SGB d’une réservation quand l’usager s’authentifie dans l’ENT de l’université, et l’en alerte directement dans l’ENT. Ce type d’intégration, sur le compte lecteur, pourrait être réalisé avec d’autres API pour des données traditionnellement considérées comme internes : les données financières en connectant le SGB et SIFAC, par exemple.
Les prestataires concernés proposent une architecture de ce type en principe. Mais le diable est dans les détails : il faudra voir ce qu’il est possible de faire concrètement avec l’une ou l’autre plateforme. En théorie en tout cas, cette architecture permettrait d’avoir un système standard, et des adaptations locales/nationales propres, à la fois dans le sens de “propres à nous” et de “proprement réalisées”.

Impact potentiel sur les établissements
Fonctionnellement, quelques points sont saillants et ont un fort impact potentiel sur la vie des établissements.

  1. Périmètre fonctionnel. Les SGB entrevus vont dans la même direction : réunifier la gestion de la bibliothèque dans un outil unique. En particulier en regroupant gestion de la documentation papier et de la documentation électronique. Potentiellement, un établissement qui utiliserait la totalité des fonctionnalités du SGB pourrait le considérer comme son unique logiciel : pour la documentation papier, pour l’électronique, en gestion interne (ERMS) ou en accès public (résolveur de liens), pour les archives ouvertes, pour les thèses, etc. Il faudra donc considérer ces projets, et juger des budgets, non pas à l’aulne du remplacement du seul SIGB, mais par rapport à l’ensemble des logiciels présents dans notre périmètre, voir en informatisant des fonctions qui ne bénéficient pas jusqu’ici d’un outil de gestion propre (ERMS par exemple).
  2. Organisation interne. Ensuite le regroupement des fonctions dans un seul logiciel peut avoir un impact important sur l’organisation interne des services. A titre d’exemple, si les acquisitions forment un module unique, tous supports confondus, la rupture désormais classique entre service de la doc. électronique d’un côté et services de « politique documentaire » centré sur la documentation papier de l’autre n’a plus beaucoup de sens.
  3. Productivité. L’objectif affirmé de ces systèmes est de limiter drastiquement le temps de saisie des données, quelles qu’elles soient. C’est en particulier le cas du catalogage : les prestataires envisagent des accords avec les fournisseurs de documentation et/ou de notices, à commencer par les bibliothèques nationales ; par ailleurs ils incitent les bibliothèques utilisatrices du système à autoriser leurs notices à apparaître dans la base de données « communautaire ». L’objectif est clairement de proposer aux bibliothèques une solution où, quand on souhaite acquérir un document, sa notice existe déjà dans le système. On pourrait évoquer une évolution similaire pour la partie administrative des acquisitions : si une connexion est établie entre le SGB et SIFAC, par exemple, le temps de gestion budgétaire gagné par les établissements pourrait ne pas être négligeable.
  4. Nouveaux services. Un certain nombre de fonctionnalités nouvelles sont directement induites par la taille du système et par le partage de données au niveau international. Par exemple en terme de politique documentaire et de statistiques en général, pour comparer son établissement aux autres. Mais aussi en termes de services au public : la possibilité d’offrir des services du type « recommandation » (ceux qui ont vu ceci, s’intéressent aussi à cela) est directement liée à la taille de la base : plus elle est importante, plus les services sont pertinents.

L’ABES

Comme je le disais plus haut, ce groupe de travail, purement ad hoc, arrive au terme de sa mission (auto-définie) : recueillir de l’information sur ces systèmes. Désormais on passe à une autre phase : l’ABES qui était représentée dans le groupe ad hoc, au même titre que d’autres établissements de l’enseignement supérieur Français, prend désormais en charge ce dossier, qui recoupe très largement son propre projet d’établissement.

La conclusion du groupe ad hoc est assez simple, finalement : ces systèmes arrivent; ils sont “pour du vrai”. On ne doit pas les aborder en ordre dispersé, et les compétences et les moyens requis pour les exploiter ne seront vraisemblablement pas accessibles à un établissement isolé ou même à un PRES. Il faut se regrouper, à une échelle nationale, et l’ABES est le partenaire naturel des BU pour ça.

Et sans vouloir parler bien entendu au nom de l’ABES ou de ses personnels, il semble assez évident que ces outils, quand ils arriveront, auront un impact majeur sur le SUDOC lui même. L’abes, en un mot, ne peut pas les ignorer. Elle peut même, peut-être, en tirer parti pour ses propres besoins, confrontée qu’elle est aux mêmes problèmes que les établissements : des outils vieillissants et qui manquent de souplesse.

Je suis très content d’avoir contribué à la création de ce groupe de travail, et très content de voir que l’ABES prend le relais. C’est certainement le projet qui, dans tout ce qui se fait dans les BU en ce moment dans le domaine de l’informatique documentaire, a l’impact potentiel le plus important.

On a désormais un vrai projet, un groupe de travail estampillé “Comité Technique ABES” est en cours de constitution, avec appel à intérêt imminent.

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English summary

I initiated the creation of an ad hoc working group of university libraries in France, back in March 2011, with a simple enough goal: let’s gather 6 or 7 systems librarians from different universities and let’s talk to OCLC, Ex Libris and SerialsSolutions about their NextGen library systems. We just need to learn a bit more about those. We spent some time among ourselves and then with OCLC and Ex Libris, interacting from a distance with SerialsSolutions. Pretty quickly we added ABES to our meetings : they manage the Union Catalog SUDOC, used by almost every HigherEd Library in the country.

We’ve had demos and exchanged documents about Alma and Worldshare, and about how French HE libraries, as a group, could approach these new systems.

This first phase is over and I want to share a bit of what we’ve learned, and where we’re headed next.

These systems share a set of basic building principles, which raise a fair number of questions:

  • it’s not a catalog, it’s a Knowledge Base: the way the KB’s going to work is going to be crucial. What’s in it? What’s shared? What’s “private”? What’s the license on records, all types of records? How is it managed? What’s the workflow of records, updates, and information within the KB? Getting data in and out?
  • it’s a platform. The granularity of the APIs? The stability of the core? The documentation? How are vendors going to interact with libraries or third-parties who want to use the APIs and the underlying data? How open is it? How clean is it?
  • it’s a (re-)Unified system. This potentially has a major impact on HR and workflows within the library. It’s going to be a huge change, in some libraries, to re-unify the workflows of, say, print acquisitions and electronic acquisitions which, at least in France, tend to be separate.

We’ve gathered enough information to understand that these systems are for real, are certainly not vaporware, and that we can’t ignore them: they have the potential to have a major impact on the library landscape.

So what now? The ad hoc group hands over it’s duties to ABES, which is emerging, beyond their initial mission of managing a Union catalog, as a general purpose agency for Higher Education libraries in France. They’ll form an official Working Group in the coming weeks and investigate the possibility of ABES setting up a consortium of French libraries that would be interested in selecting one of those systems.

I’ll be a member of that Working Group until August, when I’ll be taking a 3 years “unpaid leave of absence” from the French public sector (I spare you the gory details of the red tape implied in that seemingly simple sentence).

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Lu. Roubaud : Rencontre avec Jean-François Puff

Roubaud : Rencontre avec Jean-François Puff

Roubaud : Rencontre avec Jean-François Puff

Roubaud : Rencontre avec Jean-François Puff

Je ne fréquente pas les soirées des poètes, les lectures, les rencontres. Je suis quelqu’un, finalement, d’intensément privé, qui peut sans difficulté adopter pour soi-même la phrase de Nabokov: “All my thinking life I have declined to belong“. Pourtant il m’est arrivé plusieurs fois d’aller écouter Jacques Roubaud. C’est dire l’importance qu’il a pour moi : il y a très peu d’auteurs Français contemporains pour lesquels j’aurais plus d’admiration. Je ne sais par où commencer tellement le travail de Roubaud est désormais tissé aux fibres de ma vie intellectuelle. Le rapport à l’Anglais. Le rapport à la science, à la forme, à la mémoire, le travail au point de jonction de la démarche analytique et de la poésie. La non-appartenance elle-même. J’ai croisé Roubaud par Quelque chose noir, son recueil de 1986, que mon père, si ma mémoire est bonne, avait acheté. Et surtout, surtout, par Le Grand Incendie de Londres, récit avec incises et bifurcations, la branche 1 du Projet, dont c’est aussi le titre général, en 1989. J’avais 19 ans et ça a été un choc de rencontrer ainsi quelqu’un qui, c’est ce qu’on cherche à 19 ans, sans doute, was a kindred spirit.

Rien que le titre, était pour moi un événement. La référence Britannique, historique, littéraire, à l’incendie; la structure qu’impliquent les “incises” et, surtout, les “bifurcations”, qui sont un arbre, comme on en a en logique, mais aussi dans le foisonnement de la pensée et de la mémoire qui se construit au fil de l’écriture.

Et le contenu lui-même, le travail sur la tradition littéraire, un peu délaissée, des troubadours, entièrement retravaillée par un poète et mémorialiste contemporain. La rigueur et la forme, la tradition reprise à neuf, réinventée dans une oeuvre complètement nouvelle, l’ouverture au monde anglo-saxon, le travail sur le souvenir et l’histoire. Je ne pouvais pas ne pas lire et lire et lire cet auteur là.

De fait, si aujourd’hui vous regardez le “nuage d’auteurs” de ma bibliothèque personnelle, les noms qui ressortent avec le plus d’évidence forment une “famille” assez serrée : Thomas Bernhard, Jacques Bouveresse, Gustave Flaubert, Witold Gombrowicz, Kraus, Manchette, Musil, Perec, Wittgenstein. Et Roubaud, donc, parmi les tous premiers.

Car partant de Quelque chose noir et de la branche 1 du Grand Incendie de Londres, j’ai parcouru une bonne partie du territoire de Jacques Roubaud. Remontant la branche poétique, ∈, Mono no aware, Autobiographie, chapitre dix, Dors, le remarquable et méconnu 200 flèches (au théâtre typographique en 1995, sur des dessins de Micaela Henich (projet très intéressant par ailleurs, ses 1003 dessins – le nombre de Casanova – ayant été réparti entre plusieurs poètes par groupes de 200 (dont un lot à Jacques Derrida, peut-être meilleur poète que philosophe, allez savoir))). Parcourant la branche des essais, et tout particulièrement ce qui touche à la mémoire, dont le plus abouti est peut-être à mes yeux L’invention du fils de Leoprepes, sur les arts de la mémoire, de l’antiquité à la renaissance, et leur lien à la poésie.

Sans omettre, bien sûr, l’intégralité du projet, reparu il y a peu en un volume (de 2000 pages) au Seuil (j’ai d’ailleurs été amusé de constater que ma bibliothèque municipale avait eu toutes les peines du monde à classer les volumes de ce projet, qui sont éparpillés entre le roman, les journaux et mémoires, et encore dans les écrits théoriques sur la littérature française).

Le livre lu ici est un livre d’entretiens avec Jacques Roubaud. Le livre lui-même est assez bien construit, avec une iconographie assez riche et avec surtout, en regard de l’entretien lui-même, sur les pages de gauche, des extraits de l’oeuvre qui permettent d’illustrer le propos.

Pour qui découvrirait Roubaud, c’est une façon commode et agréable d’entrer dans son oeuvre, par la porte biographique, avec juste ce qu’il faut de théorie, léger, léger, elle est là mais jamais pesante.

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Lu. The believer. Janvier 2012.

Je suis abonné à cette revue littéraire depuis septembre 2007. Je l’ai déjà évoquée en septembre 2011 à propos d’un livre de Dave Eggers, qui a fondé The Believer mag avec sa femme, la romancière Vendela Vida. C’est essentiellement elle qui dirige cette revue, semble-t-il.

Parcours du numéro de janvier 2012 de cette excellente revue, qui a une vraie unité de ton, de thèmes, de numéro en numéro; à commencer par la couverture, toujours structurée de façon identique et réalisée par le même dessinateur, Charles Burns.

Un article, assez long, de Jeannie Vanasco sur l’art de l’effacement, id est ces livres écrits par suppression du contenu d’autres livres. Prenez un livre, effacez les 3/4 des mots, vous obtenez un autre livre. Par exemple le Humument de Tom Phillips,  interprétation par effacement, et création nouvelle, à partir d’un roman victorien, A Human Document, par W.H. Mallock (1892). Ou encore le Tree of codes  de Jonathan Safran Foer. Toute la question de l’interprétation, de l’appropriation, du plagiat. Un texte assez fin et sachant assez bien jouer, dans la tradition anglo-saxonne que j’aime tant, du mélange de la théorie et de l’intime, Jeannie Vanasco faisant un lien très direct entre la perte de son père, l’absence, le deuil, et la théorie d’un texte qu’on efface et qu’on perpétue à la fois.

Suit une rubrique habituelle : “Ce que lisent les Suédois”. Daniel Handler lit, chaque mois, un prix nobel. Ce mois-ci, le Suisse Carl Spitteler, lauréat en 1919, bien oublié aujourd’hui et dont, pour commencer, il peine à se procurer l’oeuvre.

Un article sur le Polari, l’argot de la sous-culture gay de Londres , à l’époque où l’homosexualité était illégale, et qui tire ses racines dans le langage du monde du théâtre et de la pègre, en remontant jusqu’au 17ème siècle.

Haterade, un article de Meghan Daum, sur la culture du commentaire sur le web. Qui se résume à un mot : affligeant. Meghan Daum est éditorialiste au LA Times. Elle fait donc partie à la fois des médias traditionnels, papier, et en tant qu’éditorialiste, de ces auteurs qui donnent leur opinion sur des sujets très variés liés à l’actualité. L’équation parfaite pour tirer le meilleur parti du web? Elle récolte essentiellement des insultes, en vérité.

Je fais partie, sur le web, des early adopters : quand j’ouvre un compte sur un nouveau service, une fois sur deux on me dit que je n’ai “pas d’ami”, et il se passe plusieurs mois avant que je les vois arriver, doucement. Puis plus rapidement. Puis tout le monde. C’est en général à ce moment-là que je vais voir ailleurs. Et par ailleurs qui a lu les commentaires laissés sur des sites de presse généraliste ne peut manquer d’avoir une certaine sympathie pour le point de vue de Meghan Daum.

Je vous épargne la suite détaillée du sommaire de ce numéro. Signalons seulement encore les interviews, souvent entre auteurs, par exemple entre Laird Hunt et Harry Matthews; ou les chroniques régulières de Greil Marcus, sur le Rock, et Nick Hornby, sur les livres qu’il a lu dans le mois.

The Believer, excellente revue littéraire dont c’est la 10ème année, sera bientôt dans vos librairies. En france. Traduit par la bande de l’Inculte. Diffusé en librairie par Actes Sud.

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Lu. Albert Wendt. Les feuilles du Banian.

les feuilles du banian

Albert Wendt. Les feuilles du banian.

L’ambition est certainement un des principaux moteurs de l’humanité. Même ceux qui la rejettent activement sont définis par cette opposition. Sans parler de ceux qui, tout simplement, la subissent. Elle transcende les époques et les lieux. Et quand on écrit une sage familiale, comme Albert Wendt en 1979 dans ce livre, l’ambition sera presque immanquablement le pivot de votre narration.

Albert Wendt est né en 1939 à Samoa. Il occupe aujourd’hui une chaire de littérature  Pacifique à l’université d’Auckland après avoir joué un rôle important dans le développement des départements de littérature des différents campus de l’University of the South Pacific et dans la création de la revue littéraire Mana, dédié à la littérature de la région.

Les feuilles du Banian est le premier ouvrage, issu de ce vivier, à avoir été reconnu plus globalement, en particulier par le New Zealand Booker Prize en 1980.

Il est ici traduit de l’Anglais et publié par l’excellente maison d’édition Le Vent des Iles, à Papeete.

Dans sa forme, Les feuilles du Banian est extrêmement traditionnel : c’est une saga familiale sur 3 générations; c’est la trajectoire d’ascension sociale d’une famille puis sa chute; c’est une histoire de conflits entre pères et fils. Rien de très nouveau sous le soleil, même tropical. Mais il n’empêche, c’est ici très bien fait, avec beaucoup de maîtrise et de craftsmanship : l’écriture n’est pas particulièrement poétique, ni recherchée, mais c’est très efficace.

Ce qui est beaucoup intéressant, c’est le contexte. Une famille de Samoa, “indigène”, des années 1930 à l’indépendance dans les années 1960. Pas l’exotisme, on s’habitue vite à ce qu’il parle du Banian au fond du jardin plutôt que d’un chêne, mais le contexte : comment une communauté, et les individus qui la composent, est confrontée à la modernité, qui prend ici la forme du colonisateur d’une part, et du progrès matériel d’autre part, les deux  étant étroitement liés. Et comment, en particulier, cette communauté n’est pas victime ni passive face à ce phénomène qu’on pourrait considérer comme purement externe; les personnages s’appuient sur ce levier extérieur pour satisfaire, sur un mode renouvelé, ce qui les construit tous à un degré ou à un autre : l’ambition.

C’est en ce sens que Les feuilles du banian est un livre réussi : il parvient, tout en respectant les spécificités et l’humanité de ses personnages, sans en faire des types, donc, à parler de choses assez universelles : le rapport au progrès, la construction de soi, la vie comme flux instable, où tout est toujours en mouvement.

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Du signalement à la KB

 

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J’étais hier à Paris pour participer à une journée d’études de l’AURA, le “club utilisateur” de l’ABES, sur le signalement des ressources électroniques.

On m’avait demandé de faire l’intervention d’ouverture. C’est la plus facile : vous faites un panorama à la brosse, et vous parlez de l’avenir. Autrement dit : vous avez licence pour raconter un paquet d’âneries, tout ça étant dans le futur on serait bien en peine de vous contredire.

Ma présentation est ci-dessous.

Précaution d’usage : difficile d’interpréter des diapositives sans avoir les commentaires qui les ont accompagnés. Mais en très résumé, voici le coeur de mon argument, qui est dans les slides 39 à 41 :

  • on a besoin d’aller au-delà de la problématique des données bibliographiques pour inclure données de gestion et données sur les usagers : c’est seulement si on a ces 3 ensembles de données qu’on pourra ajouter une plus-value importante au seul contenu documentaire, en terme de services au chercheur en particulier…
  • on a besoin que la question du signalement soit gérée à une échelle nationale : sur le web, aujourd’hui, l’artisanat local est en grande difficulté. Le rôle d’un établissement, localement, serait plutôt d’exploiter les données de signalement, pour apporter localement de la plus-value, que de les produire. L’essentiel de la question du signalement devrait être réglée en amont de l’établissement local.
  • de facto on est, sur le signalement de la documentation électronique, dans une co-gestion public/privé : avec les prestataires de KB, avec les prestataires de docélec. Il faut le reconnaître et s’y adapter.

English summary.

Yesterday I was in Paris, where I did the keynote to the annual assembly of AURA, which is the member’s association for the libraries participating in the French Union Catalog Sudoc, managed by ABES. The general theme for the day was “managing the metadata for our electronic resources”.

The slideshow I used is embeded above, in French.

The gist of my argument roughly was about the following 3 points:

  • we need to go beyond the problem of bibliographic metadata to include in our reflections other types of data: specifically management data, and data about users. Only when we can have a better grasp of these 3 types of data can we really provide added value to the raw material that we purchase.
  • on these issues, we need scale. My feeling is the role of a given library might rather be to use the data, mine it, squeeze it, i.e. to provide added value that is rooted in the local context and use cases… while the heavy lifting of constituting the global KB is done on a bigger scale. In the context of my talk, by a national project managed by ABES.
  • whether we like it or not we need to recognize that the metadata for our electronic resources is managed in a partnership between the libraries and vendors: those who provide KBs and those who provide the resources themselves.This is here to stay. So we need to adapt to that, see how we can foster an healthy environment around these issues. Which are legal, technical, financial, etc. It’s going to take time but we need to work on this.

 

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Lu. Antoine Emaz. Cuisine.

Emaz. Cuisine.

Antoine Emaz. Cuisine.

Antoine Emaz est prof. De Français. Dans le secondaire : Ruy Blas est visiblement au programme. Il est prof à Angers. Mais il a aussi une maison à Pornichet, au bord de la mer. C’est là, pendant ses 14 semaines de congé par an, qu’il oublie la pénibilité de son travail. Il y prend des notes. Les moins intéressantes sont celles qui traitent de sujets comme, justement, la dégradation des conditions de travail dans notre société, à France Télécom tout autant, bien sûr, qu’à l’Education Nationale.

Un plaisantin dans mon genre pourrait penser à Gide circa 1933, se dévouant à la solidarité avec les travailleurs depuis son bureau de la rue Vaneau (Paris 7ème).

Ces notes là sont très curieuses et on se demande un peu ce qu’elles font là : il y en a trop peu ou trop, c’est comme on voudra. Mais blague à part, on ne soulignera jamais assez à quel point l’Education Nationale est, bien avant le ministère de la Culture, le grand mécène des lettres françaises contemporaines!

Mais je ne commence par ces remarques que parce que je suis bougon : j’ai moi-même repris il y a deux jours à peine un emploi fort pénible. Et j’ai mal au dos.

Le Cuisine d’Antoine Emaz, dont j’avais beaucoup admiré déjà Cambouis, est un bon livre.  Pas un journal, aucune entrée n’est datée, mais un choix de notes, chronologiquement ordonnées. Qui tiennent un équilibre intéressant entre la réflexion théorique sur la poésie et la vie quotidienne, miroir du positionnement de la poésie elle-même en équilibre instable, en tension, entre la pensée, qu’elle n’est pas tout à fait, et l’expérience.

Par exemple:

Tout part du corps ; la pensée est une superstructure. Nous menons une vie animale et le poème, malgré tout son travail de langue, reste au plus près de cette vie sans mots du corps.

Et de fait c’est une option que je partage : la poésie ne peut pas être dans l’émotion seule, elle doit tendre à la pensée sans jamais l’atteindre; elle est dans cet effort. Il y a des notes très similaires sur la musique dans Wittgenstein par exemple, pour qui un thème musical, sans être une pensée au sens des sciences naturelles, dit néanmoins quelque chose du monde. Wittgenstein dit par exemple que la mélodie est une sorte de tautologie, contenue en elle-même et satisfaisant à ses propres conditions. Et c’est à ça que ressemblerait le poème : de nombreuses notes d’Antoine Emaz dans Cuisine pourraient être rattachées à cette tradition, même si elles ne sont pas exprimées ici sur un mode philosophique ou théorique.

L’autre grande catégorie de notes qui irrigue Cuisine, c’est la technique poétique. Le travail. L’attention au détail. La reprise du texte : “Relectures et corrections : cela consiste à revenir sur le travail en variant l’oeil, pour voir ce qui bouge.”

Qui montre s’il était besoin encore que la poésie ce n’est pas s’installer à son bureau en attendant l’inspiration, c’est travailler la langue. Et les notes plus intimes, celles de la vie quotidienne, qui occupent une place importe dans la Cuisine, font bien sentir la durée de ce travail.

Quand Emaz raconte avoir passé quelques heures seulement à relire 10 ans de travail poétique, il est comme ce cuisinier qui mange en 15 minutes un plat qu’il a mis plusieurs heures à préparer, à mijoter doucement. De la bonne cuisine.

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Lu : David Peace. Tokyo Year Zero.

tokyo year zero
David Peace. Tokyo Year Zero.

David Peace. Tokyo Year Zero. (Existe en version Française chez Rivages)

David Peace a une voix très singulière et ce polar est d’une grande originalité. Dans le Japon dévasté de 1945-1946, viols et meurtres en série; et les flics qui s’y collent, retour de Chine; et les truands qui reconstruisent le pays, retour à la “normalité”. Et l’inspecteur Minami, au milieu de tout ça, qui enquête et pète les plombs.

L’écriture est remarquable. Certains crieront à l’artifice, au maniérisme. Mais il me semble que c’est adapté au propos, et donc  justifié : le texte, comme les personnages, est instable et obsédé, répétitif et halluciné.

Extrait :

They are all awake now. No Fujita. They are all hungry still. No Fujita. They are all waiting for me. No Fujita. Hattori, Takeda, Sanada and Shimoda yawning and scratching their head. No Fujita. Nishi, Kimura and Ishida with their notebooks and their pencils out -

No Fujita. No Fujita. No Fujita. No Fujita…

“By now you all know that the suspect named Kodaira Yoshio has confessed to the murder of Midorikawa Ryuko,” I tell them. “But, unfortunately for us, Kodaira Yoshio claims to know nothing about the second body, our body. Now I don’t believe him…”

No Fujita. No Fujita. No Fujita. No Fujita…

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Lu : Gérard Genette. Bardadrac

bardadrac
G. Genette. Bardadrac

Gérard Genette. Bardadrac.

Lu en version papier. Et même : emprunté à la bibliothèque. Les deux deviennent de plus en plus rares. En 2011 j’ai à peine acheté un ou deux livres en papier, et le reste en ebooks. Et d’ailleurs je vois bien que je suis, dans mon usage personnel, cette pente qui consiste à considérer qu’un livre qui n’est pas disponible en ebook n’existe pas vraiment. Du moins je ne l’achète plus, mais je pourrais encore voir à la bibliothèque s’ils l’ont, à tout hasard. D’où, en extrapolant à partir de ma pratique (ce qui est certainement faux, le poids de mes lectures en Anglais étant très atypique), je déduis que les bibliothèques survivront, sur le créneau du livre papier, quelques années de plus que les libraires. Déjà ça de gagné.

Bref, Genette. Que je n’ai jamais lu par ailleurs, même si je le connais comme on connait maints intellectuels Français qu’on na pas lu, mettons Derrida ou Deleuze.

Un bardadrac est, dans le vocabulaire familial de la famille Genette, un grand sac fourre-tout. Et le livre est un fourre-tout aussi, mais ordonné. Alphabétiquement, en l’occurence, de Aa à Zut. En passant par Bardadrac, donc. Des souvenirs et pensées diverses sous forme de dictionnaire. C’est léger, plein d’humour et de nostalgie. Si les petites sacoches en cuir accrochées sous la selle du vélo, avec les ustensiles nécessaires à la réparation d’un pneu crevé, des démonte-pneus à la colle et aux rustines, évoquent des souvenirs en vous, vous aimerez sans doute le livre. Si vous trouvez que la langue des médias, sans être une LTI, est néanmoins ridicule, vous aimerez sans doute le livre aussi, qui consacre tout un chapitre à la moquer sous le terme de médialecte.

Dans une moindre mesure, cette lecture me fait la même impression qu’un texte comme le journal de Gide, plusieurs fois cité d’ailleurs : c’est remarquable, mais c’est un monde passé. La phrase est parfois d’un autre temps, les références aussi. Un temps qui semble avoir été intéressant, mais a en grande partie disparu et avec lequel on a du mal à entrer en contact. Ce dont Genette a d’ailleurs conscience, qui évoque ce siècle non pas comme un nouveau siècle, mais comme un siècle totalement autre, et une humanité totalement autre également. Ce n’est pas moi, qui croit qu’humanité et robotique vont fusionner, qui vais dire le contraire.

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Lu : Herberto Hélder. Du Monde.


H. Herder Du Monde

Herberto Herder. Du Monde

Herberto Hélder. Du Monde.

Herberto Hélder est un poète Portugais important. Né en 1930. Etudes pourries et ratées, abandonnées. Mille sots métiers, où on voit du monde. Le refus des mondanités, par contre, qui sont le contraire du monde, refus de tout prix et de toute récompense, tout au long de sa carrière.

J’ai beaucoup d’amour et d’estime pour la poésie, qui s’est incroyablement atrophiée en un siècle : elle a perdue toute importance, socialement. Elle n’est vivace que dans le coeur d’un noyau de Purs Lecteurs. Qui sont pour la plupart poètes par ailleurs.

Je lis donc de la poésie. En général un recueil par an, tout au plus. 2011 : Herberto Hélder. Qui écrit dans une langue que je ne maîtrise pas, originaire d’un pays que j’aime, où je vais, sauf accident, au moins une fois tous les deux ans. Le Portugal m’est étranger comme il l’est toujours pour ceux qui l’aiment vraiment et, comme je suis exilé souvent, est naturellement mon autre patrie autre. Mêmement sa langue.

La poésie de Hélder n’est pas facilement définissable ou classifiable. Elle n’est pas surréaliste mais en absorbe l’héritage. Elle n’est pas non plus expérimentale et post-moderne, dans les sens des années soixante et soixante-dix, parce qu’elle est trop concrète. Eu le sentiment tout du long que c’était comme si Char ou Breton avaient réellement aimé la matérialité du monde, l’épaisseur de la chair et le travail du corps. Une poésie qui, comme dit le maçon, ne “se la joue pas”.

Extrait :

Uma colher a transbordar de azeite :
a mão treme quando
se transpõe o fio que divide o mundo :
colheres do fogo :
o seu clarão calcina pálpebras e pupilas
- colheres rases de áscuas em equilíbrio
sobre os abismos atómicos
dos dias.

Traduction :

Une cuillère débordant d’huile d’olive :
la main tremble quand
on passe le fil qui divise le monde :
cuillères du feu :
leur éclat calcine paupières et pupilles
- cuillères rases de braises en équilibre
sur les abîmes atomiques
des jours.

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Lu en oct. et nov. 2011

Fénix Fénéon. Faits divers. (publie.net)
Philip Roth. Zuckerman Bound
Walter Issacson. Steve Jobs.
Jean-Luc Toula-Breysse. Le zen. (PUF, coll. Que sais-je?)

Félix Fénéon. Faits divers.

Félix Fénéon. Faits divers.

Fénix Fénéon. Faits divers. (publie.net)

Marrant Fénéon. Dont le nom ne me disait vaguement quelque chose qu’en référence aux impressionnistes, qu’il a défendu. Mais qui était plus généralement, semble-t-il, un grand critique, comme souvent les anars.

Ici, ce sont des nouvelles courtes. Très courtes. 3 lignes. Policières pour la plupart, et tirées des faits divers de l’époque. Fénéon leur donne une tournure de phrase assez unique, qui saute et boite un peu, mais n’est du coup pas plate du tout. Ce qui permet de se laisser rouler sans fatigue au bas des 1210 nouvelles.

La seconde donne le ton :

Une criminelle mégère, Mme Tulle, a eu, des assises de Rouen, dix ans de travaux forcés, et son amant cinq ans.

Ou la 250ème :

Raoul Blanchard, du 123e d’infanterie, qui cyclait à Tonnay-Charente, s’est tué contre un mur.

La 521 n’est pas mal non plus :

Une explosion de gaz, qui fit une sombre purée des richesses de l’étal, a brûlé aux cuisses le charcutier Cartier, d’Argenteuil.

On ne s’ennuit jamais, et j’ai pu apprendre aussi qu’il y a un siècle environ, dans le petit village (700 habitants) où est enterré ma mère, un petit scandale avait eu lieu :

Il paiera 16f, M. Godin, pour avoir, curé de Merfy (Marne), marié Mlle Lemaire avant qu’opérât le maire, père de l’épousée.

La famille Lemaire habite toujours Merfy, où elle produit du Champagne.

Fénéon est une sorte de plagiaire par anticipation de l’oulipo. Non pas tellement du fait d’une quelconque contrainte, mais du fait de l’usage de la liste.

Et comme de juste, il a toute sa place sur twitter : @FelixFeneon ou, en Anglais (mais chronologiquement antérieur) : @novelsin3lines.

Twitter est d’ailleurs plein de littérature, pour qui veut en trouver : outre Fénéon, on y trouve aussi Sam Pepys, par exemple. 140 caractères, c’est parfait pour un diariste.

Roth - Zuckerman bound

Philip Roth - Zuckerman bound

Philip Roth: Zuckerman Bound, A Trilogy and Epilogue 1979-1985 (The Ghost Writer; Zuckerman Unbound; The Anatomy Lesson; The Prague Orgy)

La trilogie des romans de Roth avec son alter ego Nathan Zuckerman comme personnage principal. C’est aussi étonnant, 30 ans après, que la coupe de cheveux de l’auteur sur la couverture. Il y a de longs passages absolument brillants. Il y a aussi de longs passages où Roth, franchement, fait des ronds de jambe, s’amuse avec des ficelles un peu grosses, mettant Zuck dans les bras d’une starlette, par exemple, ou le promenant dans tout Chicago dans une limousine aux vitres fumées. De bons moments, de mauvais moments, mais personnellement je n’ai pas vu le livre.

Et de longs bons moments en longs mauvais moments, c’est surtout long. Ca a occupé l’essentiel de mon mois de lecture. Tant pis.

Isaacson - Jobs

W. Isaacson, Steve Jobs

Walter Issacson. Steve Jobs.

La biographie officielle. Que j’ai trouvé très décevante. Certes il y a des points positifs : on a un bon récapitulatif des années 1975 à 1995 environ, la création d’Apple, et le background intellectuel de Steve Jobs, son éviction de la société et la période NeXt.

Et on a aussi une bonne idée de Stve Jobs en tant qu’individu, son mode de fonctionnement et son caractère. Globalement un sale con. C’est la partie la plus intéressante du livre : Jobs n’est pas de la génération des sixties; né en 1955, il vient juste après. Il va en Inde, mais il ne  milite pas contre la guerre du Vietnam; il participe à une communauté, qui exploite en particulier des vergers de pommes, mais la quitte quand les tensions deviennent un peu trop intenses. Jobs, du point de vue générationnel, c’est les années soixante qui sont en train de mal tourner. On est toujours un rebelle, mais on exprime cette rebellion par la création d’un produit de grande consommation.

Dernier élément qui est bien rendu dans le livre : le fait que Jobs a apporté une sensibilité aux Arts en général, et aux arts graphiques en particulier, dans un domaine jusqu’alors entièrement dominé par les ingénieurs. Qui, comme chacun sait, ont mauvais goût.

Pour autant cette biographie, qui se lit facilement, m’a déplue pour deux raisons principales :

  • Toute la période 1995-2011 n’est qu’une longue liste de produits : iMac, iPod, iPhone, iPad. Ca défile et, si vous avez un tant soit peu suivi l’informatique pendant cette période, vous n’apprendrez pas grand chose.
  • Isaacson est un biographe. Il ne comprend de toute évidence pas grand chose à l’informatique et il ne parvient pas, m’a-t-il semblé, à nous faire sentir comment se fait un produit informatique comme le Mac. Jobs a une idée, parle a des gens, le Mac sort. C’est ridicule.

Il s’est écrit des centaines et sans doute des milliers de recensions de ce livre depuis sa sortie. La meilleure à mes yeux est celle, succincte, de Dave Winer.

Le zen

Jean-Luc Toula-Breysse. Le zen.

Jean-Luc Toula-Breysse. Le zen.

Pfiou, pas lu un Que sais-je? depuis circa 1996, moi. Le format, maintenant que j’y pense, ne permet pas, sur un sujet un peu vaste comme celui-ci, d’aller au-delà de quelques éléments absolument fondamentaux. C’est vraiment très très basique. Pas mal fait, sans doute, mais incroyablement sec. Ce n’est pas un livre, c’est un powerpoint.

Et si je ne suis pas religieux pour deux sous (je suis agnostique les jours de bonne humeur, athée les autres), le sujet m’intéresse, comme m’intéressent les notions d’autonomie et de contrôle de soi. Essentiellement, donc, dans ses rappels du stoïcisme antique. Et de Steve Jobs. Lu dans ma cuisine, pour l’essentiel.

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