Le projet e-books au SCDU Nancy 1
Article paru dans la revue Lorraines, 8, 2002
Le Service Commun de la Documentation (SCD) de l'Université Henri
Poincaré Nancy 1, membre fondateur du consortium Couperin propose
depuis la fin de 1999 des périodiques électroniques à
ses usagers. L'offre, qui était initialement d'un peu plus de 300
titres, est, à peine deux ans plus tard, de plus de 3000 titres.
C'est dire que la documentation électronique a pris très rapidement
une place décisive dans nos bibliothèques.
Or le marché bouge extrêmement rapidement et de nouveaux produits
apparaissent, susceptibles d'intéresser les bibliothèques.
C'est le cas des e-books.
On regroupe traditionnellement sous ce terme deux réalités
différentes : d'une part le matériel portable qui permet
de lire des ouvrages électroniques, d'autre part les ouvrages électroniques
eux-mêmes, accessibles sur un PC standard. La pratique américaine
montre que les bibliothèques de lecture publique favorisent le
prêt de matériel tandis que les bibliothèques universitaires
favorisent l'accès à des contenus sur PC. En France, la
BM de Lyon et celle de Boulogne-Billancourt ont fait récemment
quelques expériences avec du matériel e-book. Et les bibliothèques
universitaires rassemblées dans Couperin préparent de leur
côté l'arrivée de monographies en ligne.
Un tour d'horizon de l'offre
Les budgets des bibliothèques ne permettant pas de tout acheter, en particulier en matière de documentation électronique, fort chère, le projet e-books au SCD de l'université Henri Poincaré Nancy 1, c'est d'abord faire un tour d'horizon de l'offre, et faire des choix.
L'offre est particulièrement développée dans le domaine médical, où deux fournisseurs proposent des services très intéressants : MdConsult d'une part, Books@Ovid d'autre part.
- MdConsult existe depuis 1997 et est aujourd'hui la propriété du groupe néerlandais Elsevier. Le service se découpe en une première offre d'une quarantaine d'ouvrages de référence susceptibles d'intéresser tous ceux qui travaillent dans le domaine médical : c'est la Core Collection, à laquelle s'ajoutent quatre collections de spécialité : 10 ouvrages pour les spécialistes des maladies infectieuses, 7 ouvrages sur le traitement de la douleur, 12 ouvrages de cardiologie, 8 ouvrages de médecine respiratoire. Tous les ouvrages proposés sont des classiques de la littérature médicale, depuis le Washington Manual of Therapeutics jusqu'au Heart Disease de Braunwald.
- La société Ovid (propriété du groupe néerlandais Kluwer) propose aussi actuellement entre 60 et 70 titres fondamentaux, tirés des catalogues des éditeurs Lippincott, Oxford University Press, McGraw-Hill, Saunders, etc... Un petit plus de l'offre Ovid, qui indique assez la vitesse des développements dans ce secteur : l'accès en ligne, via l'internet sans fil, de la base de données de médicaments A to Z Drug Facts depuis un assistant personnel du type PalmPilot : le praticien hospitalier pourrait consulter posologies et contre-indications depuis le CHU, au pied du lit de son malade.
L'offre est pour l'instant un peu moins développée dans les
Sciences et Techniques. Ou, plus exactement, elle est plus éparpillée.
Un seul éditeur offre pour l'instant un service de e-books global
: il s'agit de l'éditeur informatique O'Reilly. Son service Safari
propose plus de 500 titres informatiques tirés des catalogues d'éditeurs
importants : O'Reilly lui-même, mais aussi Addison-Wesley, Adobe Press,
Cisco Press, Peachpit (groupe Pearson), et quelques autres.
Les autres éditeurs du secteur ne proposent pas encore une plate-forme
d'accès fédérant leur offre de e-books, mais proposent
des accès titre à titre. L'éditeur Wiley propose
une Encyclopedia of Electrical and Electronics Engineering, une
Encyclopedia of Polymer Science and Technology et quelques autres
titres. Le néerlandais Elsevier propose une importante Encyclopédie
des matériaux. Le groupe allemand Springer , enfin, commence
à proposer sa collection des Lecture Notes... in computer science,
in physics, etc. qui devrait, à terme, rassembler environ 300
titres.
Il existe aussi deux fournisseurs pluridisciplinaires : les Presses Universitaires d'Oxford et l'américain netlibrary.
- Les Oxford University Press lancent en mars 2002 leur offre Oxfordreference : une collection de 100 dictionnaires couvrant tous les domaines de la connaissance, depuis la philosophie jusqu'à la médecine en passant par un dictionnaire de langue anglaise et un dictionnaire d'économie.
- Netlibrary propose une collection généraliste qui, à la différence des offres décrites ci-dessus, exclusivement universitaires, se positionne à mi-chemin entre l'universitaire et le grand public. Les titres proposés sont moins intéressants pour une bibliothèque universitaire... mais sont aussi beaucoup plus nombreux : Netlibrary propose un catalogue de près de 40.000 titres. Et comme toutes les autres offres décrites ici, Netlibrary s'appuit sur un grand groupe : en l'occurence, cette start-up du Colorado vient d'être rachetée par OCLC.
Quelques questions et une réponse
L'arrivée des e-books pose un certain nombre de questions. On peut mettre en avant quelques points positifs à leur acquisition :
- ils permettent à une bibliothèque de se situer sur un créneau " porteur " qui, aux yeux de sa tutelle, la fait apparaître comme un service en pointe. En ce sens, les e-books prolongent naturellement la politique menée sur les périodiques électroniques dans le cadre de Couperin.
- ils sont accessibles 24h/24, 7j./7
- ils sont accessibles à nos lecteurs depuis le campus ou l'hôpital, et pourraient peut-être l'être aussi depuis leur domicile (par mot de passe)
- ils sont souvent régulièrement mis à jour et proposent donc une plus grande fraîcheur d'information
- ils proposent souvent des services ajoutés par rapport au papier : recherche sur le plein texte de l'ouvrage, liens vers des sites internet, etc...
- ils ne nécessitent aucune manutention, n'occupent pas d'espace en magasin, ne se détériorent pas...
On doit aussi attirer l'attention sur quelques points sensibles :
- ils n'existent pratiquement qu'en langue anglaise, les éditeurs français ne proposant pour l'instant que peu de contenus électroniques susceptibles d'intéresser une bibliothèque scientifique ou médicale. Or les monographies intéressent plus les étudiants que les chercheurs, et les étudiants rechignent à lire l'anglais.
- ils nécessitent, pour une mise à disposition dans des conditions satisfaisantes, de pouvoir proposer à nos lecteurs un parc informatique très important : les investissements dans ce domaine seront cruciaux dans les mois et les années à venir.
- Les éditeurs proposent un fonctionnement du type abonnement et en conséquence cela signifie que chaque titre devrait être acheté et racheté année après année tant que nous souhaiterions le conserver dans nos collections.
Mais il n'empêche, au-delà de ces interrogations on doit bien
admettre que les contenus proposés sont extrêmement intéressants.
Et le choix, finalement, s'impose de lui-même : l'arrivée de
la documentation électronique à partir de 1999 a donné
aux bibliothèques une place qu'elles n'avaient sans doute jamais
eues au sein de leur université. Nous sommes devenus incontournables
pour les enseignants et les chercheurs qui, c'est le paradoxe de cette nouvelle
situation, ont accès grâce à nous à une documentation
beaucoup plus riche, mais sans avoir plus jamais besoin de se déplacer
à la bibliothèque. Or il faut se rendre à l'évidence
: si nous ne poursuivions pas cette politique de développement de
la documentation électronique, nous perdrions la position de force
qui est la notre actuellement, mais sans regagner pour autant les enseignants-chercheurs
qui, en tout état de cause, ne fréquenterons plus la bibliothèque
comme ils avaient l'habitude de le faire il y a encore quelques années.
Si on voulait dire les choses de façon un peu provocante, on pourrait
dire qu'avec les e-books, les bibliothèques universitaires franchissent
un pas de plus dans la direction d'une évolution de leurs missions
: de gestionnaires de collections, elles deviennent de plus en plus des
fournisseurs de services : elles négocient des contrats, organisent
la mise à disposition de l'offre, forment les usagers. Ce qui implique
une reconversion difficile, tant pour l'institution elle-même que
pour son personnel.