Finir 122ème (derrière Lolotte)

Je tiens un blog depuis mars 2003: 5 années, tout juste.

Selon feedburner, dans les 30 derniers jours, mon blog a eu environ 1300 abonnés. Et selon wikio, ce blog est le 122ème blog le plus “influent” de la blogosphère française, toutes catégories confondues, loin devant celui du ministre de la défense, mon homonyme Mr Morin, 27736ème, mais un peu derrière le “blog à lolotte (gastronomie)”, 117ème.

Beau succès pour un outil qui, au départ, se voulait un outil de prises de notes de travail et de liens utiles pour mon activité professionnelle. Mais j’ai la plume facile, sinon je ne serais pas Conservateur des Bibliothèques, et je me suis pris au jeu: j’ai produit des tonnes de billets en 5 ans.
D’autant que j’aime mon métier et que j’ai des idées sur ce qu’il devrait être et n’est pas: j’avais des choses à dire.
Je les ai dites. Mes positions sur tout un tas de questions professionnelles sont maintenant connues et, pour l’essentiel, j’ai plus aujourd’hui l’impression de me répéter, pour convaincre, que de dire ici des choses vraiment nouvelles: il n’est pas évident, pourtant, que la simple répétition d’un argument déjà entendu convainque quiconque ne le serait pas déjà.

Par ailleurs, mon changement d’activité, en cours de transition de la fonction publique vers le secteur privé, change un peu la donne.
Idéalement, on devrait pouvoir être prestataire des bibliothèques et parler publiquement de bibliothèque dans un blog: c’est ce que font Richard Wallis chez Talis, Stephen Abrams chez SirsiDynix, Tim Spalding de LibraryThing, d’autres encore. Je ne suis pas sûr que les mentalités soient prêtes à ça en France, où la séparation public/privé est très forte, et où le discours légitime sur les bibliothèques appartient, qu’on le veuille ou non, aux bibliothécaires-de-bibliothèque.
Je prétends qu’en partant chez biblibre je reste bibliothécaire, au service des bibliothèques ET de mon entreprise: ce n’est pas, dans mon esprit, incompatible.
Je veux, dans les années à venir, le prouver dans les faits. Pas dans le discours, et du coup, je préfère arrêter ici mon blog perso. En 122ème position, talonnant Lolotte.

Enrichir un opac HIP

Suite d’une discussion que j’ai eu aujourd’hui: c’est parfaitement possible, bien au-delà de ce que propose le fournisseur en standard. Je veux donc bien qu’on me dise qu’on n’a pas souhaité le faire, pour tout un tas de raisons qui peuvent être très bonnes (ressources humaines, en particulier); je ne veux pas entendre que ce n’est pas possible.

Il est possible d’en enrichir les contenus, et aussi les fonctionnalités.

Le meilleur exemple est à mes yeux le catalogue de la BU Anglaise d’Huddersfield, géré par Dave Pattern (on ne peut attendre que de bonnes choses d’un fan des Pixies, non?).

Faites une recherche “general keywords”; d’abord, trompez-vous, tapez “unixx”. Vous aurez cette suggestion:

unnix

Corrigez, tapez: unix nutshell.

Vous verrez dès la liste abrégée un certain nombre d’éléments intéressants:

  • fil rss correspondant à la recherche
  • il y a des vignettes de couverture
  • un petit logo vous prévient s’il s’agit (ou non) d’une copie papier ou électronique (ebook)
  • vous pouvez noter (étoiles) ou commenter le bouquin

Affichez le détail d’un ouvrage. Vous avez en plus:

  • table des matières
  • lien vers le plein texte ou des extraits du plein texte quand il existe sur Google Book Search
  • lien vers d’autres éditions du même ouvrage
  • localisation sur le plan de la bibliothèque
  • ceux qui ont emprunté ceci ont aussi emprunté cela
  • liens “utiles” vers le même bouquin sur amazon, librarything, etc. Qui peuvent proposer des infos supplémentaires
  • lien permanent qui contourne le problème de la session HIP et vous permet de mettre le livre en favoris

L’auteur de ces extensions à HIP maintient sur son blog une page Tips, Hacks and Codes qui décrit ses bidouillages avec HIP, qu’on trouve aussi dans une catégorie HIPpie sur son blog.

Vous y trouverez plein d’extraits de code qui vous permettront de démarrer l’extension de votre opac HIP à moindre frais.

1 + 1

A juxtaposer, deux billets sur les “tensions” qui existent au sein de la profession de bibliothécaire dans les rapports avec le web, les services aux publics et, pourrait-on dire, le monde moderne (qu’on l’aime ou pas):

Santa Cruz

La bibliothèque publique de Santa Cruz (Californie) vient d’annoncer qu’ils abandonnaient un sigb SirsiDynix Unicorn pour basculer sur Koha.

La page de présentation de la bibliothèque nous apprend que le réseau comprend une centrale et 9 annexes, dessert une population d’un peu plus de 200.000 habitants en leur proposant 560.000 documents; ils ont fait un peu plus de 2 millions de prêts en 2007.

Autres éléments intéressants de cette page de présentation: le réseau fonctionne avec environ 120 Equivalents Temps Plein, dont 31 (soit 25%) sont des professionnels des bibliothèques.

Terrier

L’université de Glasgow diffuse Terrier, un moteur de recherche destiné à l’indexation de volumes importants de documents en plein-texte: jusqu’à 25 millions de documents, dit la présentation. Livré avec un ensemble d’API qui vous permettraient de concevoir des extensions au programme. Indexe les types standards de documents de bureau: suite office, html, pdf, etc.
C’est programmé en Java.
Distribué sous licence Mozilla. Un outil Open Source de plus pour la documentation. Si on met bout à bout les koha, les eprints, les terrier et autres solr… la panoplie des logiciels open source pour la documentation est presque complète. Ce qui manque, c’est tout ce qui s’appuit sur une base de connaissance: OpenURL, et ERM.

Movers & Shakers

Dans la plus pure tradition Américaine des récompenses et des tableaux d’honneur, Library Journal publie depuis plusieurs années une liste de Movers & Shakers: ces bibliothécaires qui “font bouger les choses”. (liste plus pratique chez J. West, ancienne récipiendaire elle-même).
Le palmarès des années passées contient des noms qui, dans la profession, resteront: les Henriette Avram d’aujourd’hui et de demain sont là.

Je connais deux récipiendaires de cette année:

  • Tim Spalding. Une star de ce blog: un billet sur deux le concerne, dernièrement… Ce qui est intéressant, c’est bien entendu qu’il est reconnu par les bibliothécaires de LT sur l’impact qu’il a sur les bibliothécaires alors qu’il n’est pas bibliothécaire et que sa société est une société commerciale offrant des services aux bibliothèques.
  • Josh Ferraro, Président de LibLime. La société de loin la plus importante derrière Koha. Encore une société privée. Autour des logiciels libres.

Les deux me sont liés dans LinkedIn, l’honneur est sauf: c’est un peu comme quand sort le nobel de littérature, on ne voudrait pas entendre un nom qu’on ne connait pas ou un auteur dont on n’a jamais lu une ligne…

La reconnaissance de ces deux personnes me convient bien, c’est sûr: ça correspond exactement aux choix que je suis en train de faire. Ce qui, en ce moment, fait le plus avancer les bibliothèques, ce sont des impulsions données de l’extérieur (sociétés privées), avec un accent sur l’ouverture des données – LibraryThing, et des outils – LibLime. Mais ça ne marche que parce qu’il y a reconnaissance, au sein des bibliothèques, de l’apport de ces approches pour les bibliothèques elles-mêmes.

Par ailleurs, un échange de mails il y a quelques mois avec Francine Fialkoff, rédactrice en chef de LJ, lui a donné l’idée d’ouvrir, l’an prochain, une section “internationale”: j’avais voulu nominer Dave Pattern et n’avait pas pu, les nominés doivent être Américains ou Canadiens et Dave travaille en Angleterre. L’année prochaine, donc, LT devrait créer une section “internationale” où vous pourrez me nominer: ne vous inquiétez pas, je vous le rappellerai, je ferais campagne! LT Movers and Shakers, c’est ce qu’il y a de plus proche du Nobel de Bibliothéconomie, non?

l’API Google Book Search

Google a annoncé la sortie d’une API pour donner accès à certaines données de Google Book Search à des applications extérieures. Et un certain nombre de personnes ont commencé à en profiter, Tim Spalding menant la danse, comme à son habitude.
Dans LibrayThing vous avez désormais un lien vers le plein texte des livres de votre bibliothèque quand il existe. LT utilise aussi Google Book Search comme source alternative à Amazon pour les couvertures de livres: Tim l’a annoncé hier et, aujourd’hui, quelqu’un a proposé une amélioration substantielle de son code.
C’est dire à la fois à quel point la barrière d’entrée à l’accès aux données (ici les vignettes de couverture) a baissé ces dernières années, quand en quelques heures on peut faire ça, et à quel point ça avance vite: ouverture des données, hack, re-hack, amélioration.
Un certain nombre de bibliothèques tirent d’ores et déjà profit de l’API Google, et la liste en est intéressante. Il y a:

  • des entreprises du web 2 (LibraryThing ou OpenLibrary, qui n’est pas vraiment une “entreprise”, mais bon)
  • des bibliothèques qui utilisent un remplacement d’opac fait en interne (Scriblio)
  • des bibliothèques qui utilisent un opac de SIGB classique, mais dont je sais qu’il est “augmenté” par des développements entièrement internes (Huddersfield avec HIP)
  • des bibliothèques qui utilisent un OPAC refait à partir des API XML d’un SIGB classique (Univ. of Texas at Austin avec Aleph)

On a la une “coupe” des pistes possibles pour faire avancer son système. A noter: aucune de ces pistes n’est accessible via un appel d’offre, aucune de ces pistes n’est accessible sans investissement interne. Et je ne pense pas que ce soit une question de temps. C’est une question de “souplesse”.

évaluation, attentes, objectivation

On parle beaucoup, en ce moment, de l’enquête Libqual, que a lieu depuis cette semaine dans plusieurs BU françaises. Il s’agit, en très résumé, d’une enquête de satisfaction à destination des usagers de la bibliothèque. On y mesure, pour divers services documentaires, quel est le niveau de service minimum attendu, le niveau de service espéré, et la perception du service existant.
Ca me semble une démarche très intéressante et importante.
Libqual est mis au point par l’Association of Research Libraries (ARL), et utilisée aux Etats-Unis et au Canada, ce qui permettra d’avoir un point de comparaison avec les bibliothèques de ces pays. Mais il ne faut pas oublier que Libqual mesure un degré de satisfaction des usagers. On pourrait donc tout à fait avoir, pour des services de qualité très différente, des taux de satisfaction identiques: mon soupçon est que les étudiants français, ayant l’habitude d’être maltraités dans leurs universités, peuvent tout à fait répondre en toute innocence qu’ils sont satisfaits de ce qu’on leur donne, ignorant ce qu’ils pourraient avoir ailleurs. Il sera donc intéressant de voir si l’enquête fait ressortir non seulement des taux de satisfaction différents, mais encore des niveaux d’exigences différents.

L’évaluation manque non seulement pour la bibliothèque en général, ce à quoi Libqual va partiellement remédier, mais encore pour des services spécifiques de la bibliothèque.
J’attends donc non seulement le résultat de l’enquête libqual, mais encore le résultat de l’évaluation de Metalib mené par l’université de l’état de Washington: on nous dit que le “MetaLib Assessment Working Group will assess user response to the usefulness of MetaLib as a research tool to inform future decisions regarding the configuration, presentation, and deployment of MetaLib in UW System libraries”.

Nous avons besoin, absolument, d’éléments objectifs pour nous guider dans nos achats, la définition de notre offre de service, l’orientation de nos services. C’est le seul moyen d’échapper à l’idéologie, seul guide de la profession jusqu’ici: et qu’on ne me réponde pas que l’évaluation est aussi une idéologie, c’est un sophisme.

Mais pour que l’évaluation soit autre chose qu’un habillage moderniste de notre idéologie professionnelle, encore convient-il qu’on accepte d’agir à partir des résultats de notre évaluation, même quand les résultats vont à l’encontre de nos croyances professionnelles. Par exemple, pour prendre un exemple vécu: si une ressource électronique n’est pas utilisée, ou bien on l’arrête immédiatement, ou bien on l’arrête après lui avoir donné une seconde chance en investissant lourdement dans la communication et la formation, mais on ne la garde pas à l’identique en arguant que “tout de même, c’est la seule encyclopédie française”.

Un exemple entre 1000.

J’ai des dettes

D’habitude je ne fais pas de billets qui se contentent de pointer vers un autre billet ou une info brute déjà publiée ailleurs, j’essaie d’éviter. Mais là, je dois.

Mes anciens collègues de la BU d’Angers continuent de m’étonner: après une communication d’enfer sur libqual+, ils ont répondu à mon challenge en installant… une wii dans la BU. Allez lire: la proposition est doublement intéressante, parce que c’est astucieusement lié au service. Perso, je pratique là tout de suite, dans mon bureau, une proskynèse en direction d’Angers: respect.

Je veux une Wii, moi aussi. Tout de suite.

Bref, j’ai une dette (cf proposition 7), je dois un Mojito à l’auteur de ce billet.
Ceci étant, comme ils semblent répondre à mes billets pour l’implantation de leurs expérimentations, je crois que je vais faire monter les enchères: un Picon-bière à la première BU qui mettra un café-viennoiserie à l’intérieur de la bibliothèque, sans restriction de circulation.