La BNUE a encore changé de nom, on s’y perd: Europeana, paraît-il. Le plus simple est sans doute de garder en tête un petit surnom, quelque chose d’affectif et qui ne bougera pas trop dans le temps. Hum… Je propose Galliflan!
Après tout on y retrouvera les contenus de Gallica, il n’est pas anormal de partir de la même racine.
Et un dictionnaire nous donne plusieurs sens intéressants pour Flan, qui peuvent s’appliquer à notre sujet. Je passe sur la patisserie, mais il y est aussi question d’argent, d’industrie, de typographie (le livre, l’imprimé), d’étonnement et… de bordel général. Tout y est!
FLANC. n. m. XIIe siècle, flaon. Issu du francique *flado, « galette, crêpe ». 1. PÂTISS. Fond de pâte garni d’une préparation épaisse à base de lait sucré, de farine et d’œufs. Par ext. Crème épaisse moulée. 2. MONNAIES. Disque de métal préparé pour recevoir l’empreinte du coin, qui en fera une pièce de monnaie, un jeton, une médaille. Un flan d’or, d’argent, de cuivre. 3. MÉTALL. Portion découpée d’une feuille de métal, destinée à l’emboutissage. 4. TYPOGR. Feuille de carton mou que l’on applique, humide, sur la forme typographique pour en prendre l’empreinte en vue du clichage. 5. Expr. pop. En rester, en être comme deux ronds de flan, profondément stupéfait, ébahi. Loc. Au flan, à tout hasard, en jouant d’assurance. Agir au flan. À la flan, sans soin. Un travail à la flan.
Marlène nous a fait un compte-rendu de la petite sauterie numérique de la BnF de décembre 2006, et dans son numéro du 12/XII, c’est Livres Hebdo qui s’y met.
Il y plusieurs éléments intéressants dans le dossier de LivresHebdo qui, dans l’ensemble, laisse à entendre que le soufflet (pardon, le flan) se casse un peu la gueule.
- la BnF n’est pas suivie par la profession. Tout le monde se tait. La BM de Lyon fait carrément du pied à Google (Trois viva pour Patrick Bazin sur ce coup-là — qui compenseront un ou deux bouh pour ses écarts médiologiques, mais c’est une petite obsession personnelle qu’on me pardonnera; et d’ailleurs je lui pardonne).
- la BnF n’est pas suivie par les autres pays Européens. Les comptes rendus des discussions bruxelloises semblent indiquer que nos partenaires, sans vouloir nous vexer, ne sont pas intéressés.
- J’ai de gros doutes sur l’affirmation de Livres Hebdo selon laquelle JNJ aurait “réussi à mobiliser ses équipes au sein de la BnF”. Et bien, c’est-à-dire que quand le Président de la BnF a une idée fixe, la BnF est mobilisée. Point. Mais je soupçonne que pour l’essentiel tout le monde s’en fout.
- La BnF veut tenir les libraires dans le circuit, et envisage donc de faire un lien entre le document qui se trouve dans Galliflan et la librarie la plus proche. Bref: la BnF, parce qu’elle doit jongler avec les éditeurs et les libraires, se retrouve à faire non plus une bibliothèque en ligne, mais une librairie en ligne. Bref, Amazon.fr. Avec l’argent du contribuable.
- JNJ explique qu’il fallait une maquette, même sans contenu, pour que ça “donne envie” à nos collègues européens. Mais le coeur du problème reste le contenu. Que va-t-on numériser, sous droits ou librement? Combien de documents? C’est Jouve (ding-ding-ding) qui a gagné la cagnotte et qui va numériser un premier lot de 30.000 documents, puis un second, pour atteindre 100.000 documents fin 2007. Soit, en travaillant 365 jours, environ 275 documents par jour. Auxquels s’ajouteront les 60.000 documents de Gallica, qui seront retraités pour passer de l’image au texte. Le tout devrait coûter environ 3 millions d’Euro. Une interview récente du responsable du projet de l’université du Michigan avec Google (qui, rappellons-le, ne coûte pas 3m de $ à cette institution) révèlait que Google travaillait au rythme de 3000 documents scannés par jour. Bref, pendant que Galliflan va grossir de 160.000 documents à environ 18€ du document, les contenus numériques de Michigan vont grossir de 1.000.000 de documents à… $0 du document pour U. of Michigan, et une somme non-connue pour Google, mais c’est leur problème. (Ok disons quelques $ en personnel, logistique, etc pour U. of Michigan quand même).
Il y a encore des questions que l’article de LH ne mentionne pas. Comme: n’y avait-il pas déjà une maquette européenne? The European Library? Où on peut chercher dans les Online books, images, maps, music des bibliothèques nationales européennes et qui est censée servir de socle à the European digital library. Nos collègues allemands, qui pilotent ce projet vont sans aucun doute beaucoup apprécier la nouvelle maquette de JNJ.
Bref, on est en train de mettre 3 millions d’euros dans un paquet de lessive (je veux dire une maquette Ajax) à moitié vide et ça me désole.
dommage qu’il n’y ait aucun commentaire sur ce billet, j’aurais bien aimé lire d’autres réactions de professionnels sur cette remarque très juste : “la BnF se retrouve à faire non plus une bibliothèque en ligne, mais une librairie en ligne. Bref, Amazon.fr. Avec l’argent du contribuable”. ça ne choque personne??
Bonjour,
J’attendais plein de réactions à votre ‘post’. Un peu déçu donc.
Moi je le trouve très bien/fort (Hors les private jokes sur la BML (pourtant, je suis pas loin) : tout le monde ne déjeune pas avec Calenge-Bazin…).
A part ca, j’ai pas grand chose à rajouter…
NB : croyez-moi ou pas, mais le système anti-spam de ce blog me demande de taper un ‘mot’, dans un champ du formulaire – mot qui s’affiche ‘mal’ dans une fenetre connexe (pour contrer les robots).
Et ce mot , c’est “enssib”… :-D
Il n’y a pas vraiment de private joke: c’est juste que P. Bazin a “commis” des articles à connotation médiologique et que j’ai moi commis un article très hostile à la médiologie.
Et je n’ai jamais, pour l’instant, déjeuné avec Calenge ou Bazin, que je ne connais personnellement ni l’un ni l’autre.
Le capcha anti-spam a du mal avec les mots de plus de 4 ou 5 caractères, à l’occasion je les changerais.
L’absence de réaction? Je ne sais pas s’il y a quelque chose de spécial à en penser. Le sujet n’intéresse pas forcément grand monde. C’est déjà les vacances. Il y a un côté Don Quichotte au message qui n’appelle pas nécessairement de réaction: se battre contre la BnF? Autant éperonner des moulins.
Et pour finir: peut-être notre profession n’aime-t-elle pas le débat? En particulier quand il flirte, comme c’est souvent mon cas, je l’admets, avec un style trop “polémique”.
bonjour
j’interviens pour la première fois ici.
quelques remarques :
- pour qui sillonne le web français à la recherche de bibliothèques numériques qui marchent ET contiennent plus de 10 livres ET offrent un formulaire de recherche digne de ce nom (c’est introuvable bien sûr), Europeana a laissé l’impression d’un grand pas en avant. L’impression laissée par les journées du 7 et du 8 est effectivement qu’Europeana est complètement séparée de TEL mais si au bout du compte on obtient au moins l’amélioration de Gallica, c’est déjà pas mal. Ca m’énerve quand pour trouver la Revue des Deux mondes dans Gallica je n’ai d’autre choix que Google car dans Gallica, “pas de réponse trouvée”.
- j’ai l’impression que pas mal de bibliothèques sont dans le marais de la bibliothèque numérique. Numériser et décrire, on y arrive, mais après les logiciels du marché ne conviennent pas (dommage que les fournisseurs des archives ne répondent pas aux appels d’offre des bibliothèques, j’ai l’impression). Elles aimeraient bien avoir une solution, et des portails collectifs en sont un. Ca existe, mais qui doivent encore progresser, c’est le moins qu’on puisse dire : http://www.internum.org. Si Europeana devenait ce portail collectif ce serait bien, et d’ailleurs le 8 déc. la directrice générale de la BnF a imprudemment encouragé les nombreux professionnels présents à rejoindre la BnF. Comment? mystère. Revons un peu…
- quant à la polémique : personne ne s’y trompe, personne ne peste contre la BnF qui est composée de fonctionnaires obéissant aux ordres, en l’occurrence à une personne qui a une vision politique ET personnelle qui devient une idée fixe. Et tant qu’à faire, ils le font bien. Que leur reprocher? Il en sortira toujours un progrès urgemment nécessaire dans le domaine des portails de bibliothèques numériques.
- enfin, j’ai entendu Patrick Bazin annoncer son projet de numériser l’intégralité des collections anciennes de la BML, dans sa salle de conférences, devant un parterre d’universitaires, de bibliothécaires et de membres, étudiants, direction etc. de l’enssib. Pas un mot sur Google, ou alors mon oreille a fourché.
- moi j’ai pas eu enssib… :(
Des millions dépensés pour rien…
Comme partout, comme à Angers avec le théâtre :
http://avenirdufutur.hautetfort.com
Moi aussi ai fait un compte-rendu de la réunion BnF du matin du 7 décembre.
http://bibnum.over-blog.com/article-4966482.html
Ce qui m’inquiète le plus c’est la lourdeur des projets européens (je les découvrais à cette occasion) TEL-ME-MOR, EDL, TELPlus, leur coordination par des bibliothèques nationales différentes, et l’importance des sommes engagées.
Les internautes européens, ou français, verront-ils un retour de ces sommes sous forme d’un accès à un site (TEL ou Europeana) qui ne soit pas réservé à des spécialistes? Une vraie bibliothèque numérique, en somme.
Re: Moatti. J’en doute, moi aussi. Mais je doute tout autant de voir les internautes français bénéficier d’une “vraie” bibliothèque numérique, comme vous dites, à partir des sommes engagées dans Galliflan.
Alors qu’il en ira sans doute différement des étudiants de l’université Complutense.
Ce qui me frappe dans tout ça, c’est le poids de la rhétorique, de l’idéologie, des postures politiques… et le manque de pragmatisme.