livres électroniques et iPhone

Je n’ai jamais vraiment cru aux ebooks physiques, Cytale et compagnie. Qui voudrait d’une enclume fragile dans son sac à dos, qui se baladerait là-dedans avec votre portefeuille, vos clés, tout votre attirail?
L’industrie du livre tatonne sur son approche du numérique; en France en particulier, on a le sentiment que l’idée selon laquelle “le livre, c’est le papier” écrase toute autre considération et fait considérer à une majorité des acteurs au sein du SNE, par exemple, que le numérique est intrinséquement mauvais. Il m’a toujours semblé, personnellement, que le livre, c’était d’abord et avant tout son contenu. Et il est évident que l’édition, (l’industrie qui gagne sa vie en portant des textes à l’attention du public?) ne pourra pas sans conséquences économiques graves rester à l’écart de la révolution numérique, comme des copistes-luddites s’attaquant aux nouvelles machines du sieur Gutenberg. Les éditeurs évoquent souvent les solidarités de la chaîne du livre pour réclamer, par exemple, un droit de prêt. Je voudrais faire appel à ces mêmes solidarités en sens inverse: à force de ne rien faire sur l’électronique, les éditeurs finiront pas entraîner les bibliothèques dans leur chute. Un exemple? Dans l’enseignement supérieur, il y a un marché, qui a prouvé sa viabilité économique outre-atlantique, pour des livres en ligne: cf NetLibrary ou Safari. Jusqu’à l’été dernier je gérais ce type d’achats dans une université, et si un éditeur s’était présenté avec une offre de manuels de médecine ou d’informatique, je les aurais sans aucun doute acheté (ou du moins j’aurais souscrit une licence, ce qui est sensiblement différent… et plus avantageux pour l’éditeur), sans pour autant arrêter d’acheter le manuel papier, d’ailleurs. Faute de pouvoir offrir des manuels en français aux étudiants, je ne leur proposais rien en ligne. La nature ayant horreur du vide, les étudiants se débrouillent et vont chercher sur internet les infos qu’ils peuvent trouver. Traductions vieillotes, cours approximatifs, bouts d’infos jetés en vrac sur la toile.

Bref, il y a un marché, et pour le supérieur en tout cas, il y a des moyens techniques de mettre les ouvrages en circulation: le modèle NetLibrary/Safari de la plate-forme en ligne est désormais bien rodé.
Ce modèle technique pose cependant plein de problèmes: par exemple, il faut être sur son PC, ce qui n’est pas dramatique quand c’est une lecture-travail, lecture-étude dans le cadre universitaire, mais n’est pas adapté à la lecture-loisir.

Je suis assez convaincu, par contre, par la piste du téléphone: vous l’avez de toute façon dans votre sac, votre poche, même à la plage; son écran est de plus en plus grand, sa luminosité s’améliore.

L’écran de l’iPhone fait 8.9cm de diamétre. Un livre de poche standard fait 11cm de large, avec, le plus souvent, une ligne de 9cm de texte environ. On n’est donc pas très loin.
Je n’ai pas vu ni, a fortiori, testé d’iPhone, mais Peter Meyers oui, et il a essayé de lire des livres avec: il faut lire son post. En gros, il faut que l’éditeur optimise son contenu pour l’iPhone, qu’il soit lisible en mode portrait et en mode paysage, qu’on puisse à volonté augmenter ou diminuer la taille de la police, quelques autres impératifs techniques simples. Une piste évoqué par P. Meyers est une convergence entre iPhone et la plate-forme Adode Digital Edition, qui donne justement cette souplesse.

Ce qu’il ne faut pas faire? Le Harper Collins iReader. Harper Collins fait un reader compatible avec le iPhone: super! un éditeur qui s’engage dans le numérique. Mais vous ne pouvez lire que 10 pages de leurs livres sur le iPhone, après quoi on vous invite à commander en ligne la version papier. Ridicule. Chétif. Craintif. Ce que veut l’utilisateur de l’iPhone, c’est continuer à lire ce livre qui le passionne sur son téléphone: pourquoi ne lui proposez-vous pas de tout simplement télécharger la suite du bouquin moyennant finance?

Car l’iPhone, et les smartphones en général, sont certainement un des avenirs du livre, essentiellement parce que les gens possédent déjà le hardware, pour d’autres raisons (téléphoner, agenda, etc.), et que vous n’avez qu’à vous soucier d’un truc: leur vendre des livres. Dans un format correct. A un prix correct. Dans des conditions techniques satisfaisantes.

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2 Responses to livres électroniques et iPhone

  1. dbourrion says:

    Moi j’y crois fort, aux ebooks physiques… L’avenir nous départagera ;-) Rendez-vous dans 5 ans, le perdant paie l’apéro !

  2. Françoise says:

    Sur cette question, le blog intéressant de Lorenzo Soccavo, avec des articles comparant les usages au Japon (où le portable semble être le meilleur e-book qui soit) :
    http://www.cluster21.com/blog/nouvolivractu/les_e_books_font_un_flop_au_japon
    http://www.cluster21.com/blog/nouvolivractu/le_telephone_portable_comme_livre
    et les usages en Chine, où l’intérêt pour l’e-book semble beaucoup plus marqué :
    http://www.cluster21.com/blog/nouvolivractu/e_paper_et_tradition_en_chine

    Enfin, pour ma part, plutôt que le portable dont l’écran reste bien petit pour lire et plutôt que l’e-book rigide et encore lourd, j’attends beaucoup de l’e-paper souple, léger et fin.