Dans les podcasts de Berkeley, il y en avait un récemment à propos des questions de confidentialité en ligne (“Privacy and Online Information” – Chris Hoofnagle, J.D.: Berkeley Center for Law and Technology). Qui accompagnait donc parfaitement, coïncidence, le rapport d’OCLC sur le même sujet. Et a alimenté les réflexions ci-dessous.
Chris Hoofnagle montre clairement qu’il y a deux traditions en terme de confidentialité des données:
- une tradition européenne qui remonte aux années 1970 et se poursuit jusqu’à aujourd’hui, qui met l’accent sur le contrôle personnel de l’information
- une tradition des pays d’Asie, plus récente, qui met l’accent sur les dommages: la divulgation d’information ne doit pas vous causer de tort
Evidemment, on notera que la seconde tradition ne regroupe pas que des pays démocratiques, ayant une grande tradition de droits de l’homme, etc. Chris Hoofnagle explique aussi que les Etats-Unis, qui ont d’abord adhéré à la tradition européenne, sont en train petit à petit d’évoluer vers l’autre école. Et comme le web, avec Google, Facebook, etc., est très influencé par les choix américains, nous nous trouvons tous entraînés plus ou moins vers ça.
La politique de Facebook à ce sujet est très claire: confidentialité? De quoi parlez-vous:
When you register with Facebook, you provide us with certain personal information. [...] Facebook is about sharing information with others
Le réseau social fonctionne autour de la notion de non-confidentialité et de diffusion d’informations personnelles: c’est même le but du jeu.
C’est la même chose avec les applications tiers qu’ont peut utiliser dans Facebook: si vous ne voulez pas leur donner vos informations (à qui êtes-vous marié, qui sont vos amis, votre date de naissance, etc…), ce n’est pas la peine de les installer. Cf exemple ci-dessous où, quand je décoche la case qui dit que j’accepte de donner mes informations perso, j’ai un message qui m’explique que puisque c’est comme ça je n’ai qu’à rien installer du tout.

Sachant que, comme on le voit sur la copie d’écran ci-dessus, les applications tiers peuvent avoir leur propre politique de gestion des données. Mais qui, en vérité, lit les “terms & conditions” des applications tiers qu’on installe sur Facebook? On clique, ça s’installe.
Ceci étant, le rapport OCLC montre bien qu’en fait, ce que demandent les sites sociaux type Facebook n’est pas nécessairement plus d’information, mais une information sensiblement différente: je donne mon adresse postale et mon numéro de téléphone à Amazon, mais pas à Facebook. Par contre, je donne mon “orientation sexuelle”, “orientation politique”, liste d’amis à Facebook, pas à Amazon.
Pour ce qui concerne la France, on notera d’ailleurs que nous sommes parmi les plus gros utilisateurs de sites commerciaux, et les plus faibles utilisateurs de sites sociaux. D’une certaine façon, c’est un “retard”. Mais en tout cas, commerciaux ou sociaux, on pourrait dire en exagérant un peu que nous sommes parmi les plus confiants: nous donnons allégrement tout ce qu’on nous demande.
Tout cela nous donne à nous, bibliothécaires, clairement le sentiment que la confidentialité s’érode sur internet, et le sondage OCLC des directeurs de bibliothèque reflète ce sentiment. Et visiblement nous pensons que le public pense que la confidentialité s’érode. Or ce n’est pas le cas. Le public a confiance, et même de plus en plus confiance à mesure qu’il utilise plus les outils.
Il y a un grand nombre de données dans ce rapport, qui permet, sans donner de réponses faciles, à chaque bibliothèque d’avoir un certain nombre d’éléments objectifs sur lesquels s’appuyer pour alimenter les débats internes sur les services en ligne.
Je profite de l’occasion, sachant que les données statistiques m’intéressent, pour attirer votre attention sur un nouveau blog (en français malgré son titre anglophone) qui s’intéresse aux statistiques et à l’évaluation en bibliothèque: http://assessmentlibrarian.wordpress.com/
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