Manifeste pour les logiciels de bibliothèque

Avec autorisation de Roy Tennant, je traduis ici, et commente à la suite, son Library Software Manifesto.

Manifeste pour les logiciels de bibliothèque

Cette proposition est une tentative pour rationaliser les relations entre les bibliothèques et les fournisseurs de systèmes de bibliothèque qui, actuellement, ne sont pas saines. Les commentaires sont les bienvenues en commentaire de ce billet.

Droits du consommateur

  1. J’ai le droit de savoir ce qui existe maintenant et ce qui est une fonctionnalité future potentielle. Le marketing de la société peut vanter un nouveau produit ou une nouvelle version d’un produit, mais j’ai le droit de savoir ce que je vais obtenir si j’achète le produit aujourd’hui
  2. J’ai le droit d’utiliser ce que j’achète. Par exemple, il ne devrait pas y avoir de coût supplémentaire pour créer un nouvel index sur mes données
  3. J’ai le droit d’utiliser l’API si j’ai acheté le produit. Une Application Program Interface (API) est simplement une façon structurée qu’utilise une application pour communiquer avec une autre. Autrement dit, c’est la capacité qu’à un programme d’envoyer une requête structurée à une autre application et de recevoir une réponse structurée. Utiliser l’API d’un produit que j’ai acheté ne devrait pas donner lieu à une facturation supplémentaire
  4. J’ai droit à une documentation complète et exacte
  5. J’ai droit à mes données. Ceci inclut la capacité à récupérer non seulement mes notices, mais aussi les données transactionnelles (par exemple, combien de fois un livre a été prêté) dans la mesure où ces données seront de plus en plus importantes pour les classements par pertinence et d’autres traitements analogues.
  6. J’ai le droit d’avoir un accès en lecture à la base de données. Il y a plein de bonnes raisons pour lesquelles un client doit être empêché d’écrire directement dans la base de données sous-jacente, mais il n’y en a aucune pour lui permettre de simplement lire les données dans la base
  7. J’ai le droit à ce qu’on ne complexifie pas inutilement les choses simples
  8. J’ai le droit de connaître les orientations de développement et le calendrier d’un produit que j’ai acheté
  9. Je suis en droit d’attendre que mes questions techniques soient traitées par un personnel qui soit capable de les comprendre et d’y répondre
  10. J’ai le droit de ne pas être un beta testeur involontaire
  11. Je suis en droit d’attendre que mon travail de paramétrage et de personnalisation locaux soient préservés dans les changements de version

Responsabilités du consommateur

  1. Je dois connaître les besoins de mes usagers
  2. J’ai le devoir de placer les besoins de mes usagers avant les miens
  3. Je dois communiquer mes besoins de façon claire et précise
  4. Je dois vérifier que les demandes de développement que je fais correspondent bien à ce que je veux
  5. Je dois être responsable dans le classement de mes demandes de développement spécifique – tout développement spécifique ne peut pas être une priorité maximale
  6. Je dois réaliser que je n’ai rien de spécial. En conséquence nous devons essayer de trouver un accord pour faire les mêmes choses en minimisant l’investissement en développement
  7. Je dois choisir un logiciel en ayant recours à une procédure juste et raisonnable. En particulier, peut-on se mettre d’accord pour abandonner le processus de l’appel d’offre formel? S’il-vous-plaît?
  8. Je dois signaler les bugs reproductibles d’un façon qui facilite leur reproduction et leur identification
  9. Je dois signaler les bugs non reproductibles de façon aussi détaillée que possible
  10. Je dois envisager toute modification des paramétres par défaut avec scepticisme

Responsabilités partagées

  1. Nous devons nous engager à partir d’une position de respect mutuel. Ce n’est qu’après qu’une des parties se sera ridiculisée qu’on pourra se sentir autorisé à faire des commentaires désobligeants à son égard.
  2. Nous devons nous engager à une bonne communication
  3. Nous avons pour responsabilité commune de veiller à ce que les besoins de l’utilisateur final demeurent primordiaux
  4. Nous avons pour responsabilité commune de prendre les choses plus légèrement et de nous amuser. Bon, ce n’est pas un métier où on court des risques mortels: tout ça doit un peu être mis en perspective.

Commentaire NM
J’apprécie, dans ce manifeste, qu’il parle aussi des obligations des bibliothécaires à cet égard; il faut à mon avis insister particulièrement sur le fait qu’il est néfaste en principe (même si cette règle à des exceptions) de demander des développements spécifiques, et aussi sur les procédures de choix. A mes yeux les bibliothécaires utilisent des procédures inadéquates pour choisir leur logiciel, puis sont surpris et mécontents quand, suite à cette procédure, le résultat n’est pas celui qu’ils attendaient.

Pour les responsabilités du fournisseur, rien à dire, je les approuve toutes. En notant toutefois qu’elles sous-entendent toutes que les bibliothécaires souhaitent (et vont effectivement) pleinement exploiter leur système. D’où une responsabilité implicite des consommateurs: je dois consacrer à l’exploitation du système que j’ai acheté les ressources (humaines) nécessaires.

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2 Responses to Manifeste pour les logiciels de bibliothèque

  1. paul POULAIN says:

    Je ne dirais rien sur la première partie, on pourrait m’accuser de précher pour ma chapelle et on n’aurait pas tort (même si j’essaye de toujours être honnète)

    Mais sur la 2eme partie, les devoirs des bibliothécaires, alors là, je vais m’étendre un peu, en tant que fournisseur pour les bibliothèques.
    Notamment sur le point 7 (“procédure juste et raisonnable. En particulier, peut-on se mettre d’accord pour abandonner le processus de l’appel d’offre formel ? S’il-vous-plaît ? ” ) Lorsque l’on est confronté à un AO, il y a 2 cas :
    - la description du besoin est limitée à quelques pages, et fait ressortir quelques éléments saillants effectivement importants pour la bibliothèque. C’est l’idéal. Même si c’est difficile à rédiger, je le concois, c’est le genre de document qui permet vraiment de comprendre un projet et d’en voir les points essentiels.
    - la description du besoin est contenue dans 30 pages de tableau à compléter. Sachez que les fournisseurs (en tous cas moi) sourient lorsqu’ils doivent répondre à la sacro-sainte question “le fichier des notices bibliographiques est il distinct du fichier des exemplaires” ainsi qu’à “les champs ont ils une longueur fixe ou variable”. Ce sont des questions d’un autre temps, je n’ose imaginer qu’il reste sur le marché un seul SIGB qui ne réponde pas dans le bon sens à ces questions. Et, parole de quadra, ce sont des questions qui avaient un sens il y a 15 ans lorsque les technologies n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Mais en 2007, franchement, ce sont des questions qui ne vont pas vous aider à choisir !!! J’ajoute pour faire bon poids que je n’ai jamais vu (et je suis bien tranquille que je ne verrais jamais !!!) le moindre client qui reprenne les tableaux et valide point par point ce qui est demandé au moment de la VA ou VSR. Surtout lorsqu’il y a 30 pages à remplir !!! Bilan : de deux choses l’une : le fournisseur répond sincèrement, et s’il y a des NON, risque de perdre le marché. Ou alors il répond OUI partout pour ne pas être désavantagé et espère que, là ou il ment, ca ne se verra pas (évidemment, il ne faut pas jouer à ca avec des points essentiels. Mais tous les SIGB proposent peu ou prou la même chose, les tableaux sont donc peu ou prou remplis de la même manière).

    Le pire que j’ai déjà rencontré, c’est un tableau de 30 pages pour une bibliothèque de lecture publique de quelques milliers d’adhérents et un montant au final à 4 chiffres (<= 9 999€ donc).

    Au final, il me semble que c’est le mécanisme des Appels d’Offre qui est mal fait : sous le couvert d’équité et d’égalité, il introduit une rigidité gigantesque en empéchant (ou compliquant) le dialogue entre client et fournisseur. Au final, la bibliothèque utilise le formalisme pour se protéger de toute mésaventure administrative. Ce qui éloigne le client de son besoin, c’est vraiment très dommage. Très très dommage même…

  2. Pingback: La satisfaction avec son SIGB « Mon Memex

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