bilan 2007

C’est l’heure des bilans pour l’année 2007… avant les bonnes résolutions pour 2008.

J’ai changé de job, passant de la BU d’Angers à l’ENSSIB à l’été. Du coup je peux, avec quelques mois de recul, faire un premier bilan du travail fait à Angers.

On a remplacé le SIGB et acheté un résolveur de liens OpenURL. Plusieurs remarques à ce sujet:

  • le marché est très instable et il devient de plus en plus difficile de faire un choix dont on peut penser qu’il durera longtemps: il faut garder une enveloppe pour changer à nouveau non pas dans 7 ou 8 ans, mais dans 3 ou 4 ans. C’est un mauvais moment pour changer.
  • Il faut absolument payer un peu plus pour prendre les “options” qui vous permettront d’accéder aux données: base Oracle, API XML. En particulier API XML: le jeu vaut très largement la chandelle.
  • Il faut consacrer du temps, beaucoup de temps, à l’exploitation du SIGB, de façon continue, bien au-delà de la période de mise en place initiale. La plupart du temps, ce que je constate dans les établissements, c’est que le système est sous-utilisé
  • Un résolveur de liens OpenURL est absolument indispensable si vous avez une collection électronique un tant soit peu importante. Pour sa base de connaissance, mais aussi pour ses fonctionnalités. Car, contrairement à ce que m’a dit une directrice de BU qui n’avait de toute évidence rien compris à ma présentation d’OpenURL (je dois manquer de pédagogie), cela n’a rien à voir avec AtoZ. C’est un outil incomparablement plus performant. Mais qui nécessite, lui aussi, qu’on s’en occupe…

On a refait le site web.

  • Je suis plutôt satisfait de ce qu’on a fait, et en particulier d’avoir montré qu’il était possible et peu onéreux (en temps et argent) de faire un site web intéressant, bien intégré dans l’environnement institutionnel (fils rss, cassification de l’authentification…). Et de le faire en interne.
  • Je regrette néanmoins, rétrospectivement, qu’on n’ait pas choisi un CMS du marché comme base de travail. On en a discuté rapidement lors des discussions initiales, mais sans véritablement évaluer les solutions… et on est parti à faire le truc intégralement, par opposition à “prendre un CMS” et ajouter des modules “maison”. Résultat: on a passé trop de temps sur des conneries du type: intégration du WYSIWYG pour les rédacteurs; le genre de trucs qu’un CMS gère “out of the box”.

Je gérais aussi la documentation électronique. On est passé au tout électronique, sans maintien des collections papier. Notre raisonnement était que toutes les bibliothèques n’ont pas vocation à gérer des “collections” historiques, et que pour Angers, il était plus pertinent de gérer l’accès à la documentation courante pour les chercheurs. Autrement dit: on paie de l’accès en ligne en suivant d’assez prêt l’évolution de la recherche locale, mais on ne gère pas à proprement parler des collections de périodiques (en ligne ou papier). Je ne renie pas ce raisonnement, qui me semble toujours valable. Mais en fait, je pense qu’on n’est pas allé assez loin. Je veux dire par là que sur la pente du “notre établissement n’a pas vocation à”, on aurait dû aller jusqu’à s’interroger sérieusement sur la question de savoir si nous avions vocation à proposer (et jusqu’à quel montant) des collections numériques de niveau recherche. C’est étroitement lié à la question plus générale des vocations des différentes universités: toutes les universités ont-elles vocation à faire de la recherche? Rétrospectivement, il me semble que nous aurions pu mettre ce débat sur la place publique au sein de l’université: la BU d’Angers a-t-elle vocation à dépenser de telles sommes dans une documentation recherche qui touche une part infime des usagers, i.e. les quelques labos réellement “actifs” au sein de l’université? N’avons-nous nous pas plutôt vocation à réinjecter cet argent dans la documentation et les services (formation par ex.) à vocation plus pédagogique? je ne suis pas sûr du sens dans lequel ce débat aurait été tranché, ni même du sens dans lequel j’aurais moi-même incliné in fine, mais ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas vraiment débattu ce problème.

Après 4 ans à Angers, j’ai pensé que c’était un bon moment pour passer à autre chose et je suis arrivé à l’enssib au 1er sept. Et j’ai à peine surnagé au premier trimestre: c’est toujours comme ça quand on prend un nouveau poste, de toute façon…

Autres éléments à noter dans le bilan 2007: les “interventions extérieures”.
Deux interventions identiques dans les Urfists, en Aquitaine et PACA, montées avec MF Andral et M Roland respectivement, qui je remercie parce qu’ils m’ont donné la main pour une formation d’une journée sur “ce que tu veux”. J’avais choisi de faire un panorama sur les systèmes d’information, et mon critère était: “je veux que le public soit exclusivement constitué de directeurs de BU et de conservateurs responsables de projets autour de ces questions”. L’idée était que si on veut faire progresser les choses sur ce terrain, il faut convaincre les “décideurs”.
Autres interventions de l’année:

  • CFCB Poitiers pour prépa au concours (ce que je ne fais normalement pas, c’était une exception),
  • iexpo sur les Systèmes d’Information,
  • Journées ABES sur les services de référence en ligne: je me suis un peu lâché sur ce sujet, et on a bien rigolé, en fait; mais je conserve mes doutes, exprimés à cette occasion, sur la capacité des BU françaises à mettre en oeuvre des services de référence en temps réel: pour une question de culture professionnelle plus que de moyens, d’ailleurs – c’était mon argument principal lors de cette conférence
  • au sein de l’ENSSIB au dernier trimestre, interventions pour les bibliothèques territoriaux sur les sites web, pour un stage de formation continue sur le système d’information, pour les conservateurs sur l’avenir des questions de catalogage/metadonnées, sur OpenURL, la veille, la Recherche Fédérée, les SIGB, les sites web.

A noter aussi l’invitation à participer au réseau de développeurs OCLC. Intéressant, en particulier parce que ça donne une bonne vision de ce qui se fait ailleurs, aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Et il se fait des choses remarquables, si vous voulez mon avis.

Bilan du bilan: ce n’est pas toujours agréable de faire ses paquets, de ranger ses affaires (premier semestre); mais c’est sympa de démarrer un nouveau cycle (second semestre). Et le sentiment que pour les sujets qui m’intéressent (informatique documentaire et systèmes d’information), les évolutions se sont sensiblement accélérées en 2007… et promettent, si je fais un petit prognostic, d’exploser dans tous les sens en 2008. Nous vivons une époque très intéressante :)

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13 Responses to bilan 2007

  1. dbourrion says:

    Hello nicomo. Quelques remarques sur ce post très intéressant :

    - entièrement d’accord sur la question du temps que prend la gestion du SIGB : ce temps est toujours sous-estimé, il me semble ; et il me semble aussi que c’est un boulot presque à part entière, au sens où il va bien falloir à un moment recruter des spécialistes sur ces postes, et non plus espérer fort, à chaque fois, que l’on va trouver dans les équipes quelqu’un qui fera l’affaire (tout le monde n’a pas la chance d’avoir des perles dans son staff…) Sur la sous-exploitation : si je prends ALEPH, l’outil d’Angers, je dirais que nous en exploitons allez, soyez large 45/50 % des capacités. Et si j’en crois certaines conversations que j’ai pu avoir par ailleurs, je crains que nous soyons encore dans le peloton de tête… Cela me conforte dans cette idée : la gestion du SIGB et du SI ne doit plus être considéré comme un travail à la marge, effectué par de petites équipes de geeks chevelus venus d’ailleurs. Je crois que ça va devenir un bon morceau du boulot dans les bibliothèques (j’allais dire : le coeur du métier mais ça va faire grincer des dents et puis, ce serait exagéré : le coeur du métier, c’est le contact avec l’usager – non non, ce n’est pas la gestion des livres…)

    - sur le résolveur de lien : j’ai eu exactement la même conversation avec plusieurs collègues, et j’ai constaté la même erreur, qui était de croire que SFX, en l’occurence, était le AtoZ d’Ex-Libris. Il y a donc un souci réel et inquiétant sur la compréhension de ce qu’est un résolveur… Et une sous-estimation du temps que demande le bon fonctionnement de l’outil (cf. ci-dessus)

    - sur le site : je me demande si en fait, il ne faudrait pas diffuser les sources du site sous GPL… Aller au bout d’une logique : le site fonctionne très bien avec Mysql/PHP, outils libres, alors libérons les sources et offrons-les à la communauté…

    - sur la documentation électronique : je pense que nous dépensons trop d’argent pour une frange privilégiée, et que nous oublions au passage le gros de la troupe, i.e. les étudiants de base. Je me demande pour l’heure comment nous pouvons réduire/rationaliser la voilure sur cette frange (les chercheurs) sans qu’ils en pâtissent ; pour redistribuer les sommes en question vers les autres, qui sont bien plus nombreux et ont peut-être plus besoin de nous et de notre aide. Pour l’heure, je crains que comme beaucoup de SCD, nous soyons dans la loi du 20/80 : 20 % de nos usagers bouffent 80 % de nos crédits… et les 80 % d’usagers restants se partagent les 20 % restants… Le débat que tu évoques n’a pas encore eu lieu, mais j’ai une position tranchée, tu le vois, sur la question ;-)

    Quoi qu’il en soit, il reste du travail dans le métier, beaucoup… Et cela n’avance pas assez vite à mon goût, pour diverses raisons (crispations, peurs sans fondements, refus de la marche du monde…). J’espère que les bibliothèques sauront suivre les évolutions explosives que tu vois dans ta boule de cristal. Sans cela, nous allons continuer à nous enfoncer dans le 19ème siècle ;-)

    Allez, bonne année 2008

  2. paul POULAIN says:

    “libérons les sources et offrons les à la communauté” :
    l’un de mes principaux chevaux de bataille dans ce domaine, c’est que libérer les sources de manière sincère demande beaucoup d’investissement pas nécessairement “rentable” de la part de celui qui libère. Mettre à dispo 100 000 lignes de codes comme ca, brut de fonderie, c’est mettre à disposition un “machin” que personne ne va comprendre ou savoir exploiter. Bref, ca demande de l’accompagnement de la part du propriétaire. Et la mise en place de pas mal d’outils (wiki, listes de discussion…)
    Sinon, l’ouverture sera un bel effet d’annonce, mais pas suivi d’une croissance de la communauté des développeurs et/ou des utilisateurs.
    Bref, ouvrir les sources, c’est presque un projet à part entière !

  3. Timothée says:

    Ah, les résolveurs… ;-) c’est la recherche du Saint Graal, la formule permettant d’expliquer la résolution OpenURL en une phrase bien sentie (et que les autres comprennent) !

    On pourrait lancer un concours ??? quelques propositions…

    * “un résolveur est un programme qui crée des liens adéquats” (trop court?)
    * “un résolveur est un programme qui crée des URL à partir de métadonnées” (trop technique?)
    * “le site sur lequel vous faites vos recherches d’articles ne vous renvoie pas directement vers l’article, il transmet sa description au résolveur de votre bibliothèque qui vous indique où le consulter” (trop flou?)
    * “un lien OpenURL, c’est une notice bibliographique (hum…) transmise sous forme d’adresse à un programme appelé résolveur qui va la transformer en un lien adapté à vos besoins et à votre environnement de recherche” (où ai-je mis ce foutu tube d’aspirine?)

    Bref.

    Pour OpenURL, j’ai remarqué cependant que les bibliothécaires aiment bien l’image de la “notice bibliographique sous forme d’adresse URL”, c’est assez concret, ça parle… mais c’est un peu incomplet…

    En tous cas si quelqu’un le trouve, ce fichu calice, qu’il en fasse profiter les copains…

    Bonne année 2008!

    Timothée

  4. nicolas.morin says:

    Re:Daniel. Pour la “libération des sources”, nous en avions parlé initialement, mais avions renoncé précisemment pour les raisons invoquées succinctement dans le commentaire de Paul.

    Re:Timothée. Que penserais-tu de “un résolveur est un programme qui propose des liens et des services pertinents à partir de références bibliographiquse?”

  5. Timothée says:

    J’aime bien ta définition, c’est presque complet! je dis “presque” parce que j’aimerais caser quelque part de manière plus explicite la notion de “source” OpenURL.

    On pourrait peut-être dire “un résolveur est un programme qui propose des liens et des services pertinents à partir de références bibliographiques, fournies par un site “source” dans un format appelé OpenURL”… déjà trop compliqué? :-/ Enfin, l’idée de mettre “tout” dans une seule phrase n’est peut-être pas si bonne que ça (on peut faire de jolis schémas aussi ;-)

    En tous cas ça vaudrait le coup de mettre à jour Wikipédia, la définition courante est “Un résolveur de liens est un outil de documentation permettant à un usager d’accéder à des ressources électroniques”… qui a un compte? 8-)

  6. dbourrion says:

    @ paul et nicomo : bon, donc, il ne reste plus, pour libérer les sources, qu’à trouver le temps et l’énergie… Vivement des équipes bibs numériques élargies ;-)

  7. paul POULAIN says:

    Je reviens sur cet article pour ajouter que, plus j’y pense, plus je suis hyper choqué dans le fond par le fait qu’il faille ACHETER un outil pour accéder à VOS données.
    Bon sang, fichtre, mais c’est quand même incroyable que VOS données ne soient pas accessible. Ca me parait tellement incroyable que je ne comprends pas pourquoi personne ne s’insurge contre cet état de fait. Je veux dire personne en état de faire changer ca. Pour moi, ca devrait faire partie des principaux critères lors d’un AO : comment j’accède à MES données, et donc, quelque part, comment je peux quitter cet outil pour passer à un autre.

    Peut être que l’existence d’un format (iso2709) et d’un protocole (z3950) font que les bibliothécaires sont peu sensibles à cette question. Mais au delà des notices, quid de tout un tas d’information concernant les utilisateurs et la circulation ? Ca devrait être obligatoire de fournir les moyens d’accéder aux données !!!

    signé paul, un peu colère ;-)

  8. nicolas.morin says:

    Re:Paul
    Certes, mais c’est profondément ancré dans le fonctionnement des bibliothécaires, c’est comme ça depuis très longtemps. Et les choses n’évolueront que lentement, sans doute. Mais on peut noter que le point que tu soulèves fait partie des recommandations du “Manifeste pour les logiciels de bibliothèque” que j’ai traduit en novembre dernier. => Droits du consommateur point 3 (http://www.nicolasmorin.com/blog/?p=448).

  9. Jean Bernon says:

    Quelques commentaires de cet échange intéressant :

    1- La documentation électronique des BU est de fait plus orientée vers la recherche que vers l’enseignement. Le développement de ressources en direction de l’enseignement (cours, manuels et ouvrages de référence téléchargeables) reste insuffisant, même si l’air du temps bruit de promesses de plateformes pédagogiques et d’outils de poche qui remplaceraient enfin le livre. Expliquer ce type d’insuffisance par le manque d’imagination de la profession paraît toujours un peu court. En tout cas la difficulté est certainement accentuée par le choix du “tout électronique”, qui me laisse personnellement sceptique. L’enseignement passe encore largement par le papier et maintenir un niveau correct de développement des collections imprimées laisse plus de souplesse pour moduler les collections et les services en faveur de l’enseignement (… ou de la recherche dans certaines disciplines).

    2- L’incompréhension sur le résolveur de lien vient peut être en partie (ce ne serait pas la première fois en informatique) du mauvais anglicisme à l’origine de cette appelation. “Générateur automatique de liens” ou “Machine à tisser des liens” ou “Machine à tisser la Toile” (excusez je suis Lyonnais !) serait plus approprié. Pour moi il s’agit fondamentalement de tisser automatiquement des liens entre les différentes ressources d’un système d’information et ce dans tous les sens, même si la technique distingue source et cible et si l’usage actuel reste encore relativement unidirectionnel.

    3- La libération des sources est la partie la plus stimulante de votre échange. Je suis d’accord sur l’importance de l’enjeu. Mais là aussi l’explication par l’inertie des bibliothécaires me semble insuffisante. En informatique le dispositif d’accès aux données est en un sens plus efficient (en terme de rapidité au moins), mais aussi beaucoup plus lourd, que dans un système d’information oral ou écrit. Il est aussi complexe que les données elles-mêmes. Il est lui même un système de données à part entière. C’est peut être comme la langue et la parole : pour maîtriser la parole, il faut d’abord maîtriser la langue. Le problème avec l’informatique est que ce ne sont pas les mêmes qui maîtrisent la langue et la parole. Il est d’ailleurs légitime de ne pas parler toutes les langues du monde et de préférer passer par un traducteur (il en existe d’honnêtes et de compétents). En tout cas publier 100000 lignes de PERL devrait normalement susciter quelques envies d’apprendre un peu la langue et si la publication s’accompagne de formations sur la langue du dispositif d’accès, les bibliothécaires apprendront sans doute à mieux maîtriser leurs données.

  10. dbourrion says:

    @ Jean Bernon, sur le point 3 : d’où ce que j’ai dit sur mon blog : la bibliothèque doit prendre un virage, qui implique d’intégrer dans nos équipes des développeurs pros ; et d’accompagner nos personnels existants vers des nouveaux profils plus “informatiques”. Nous ne pouvons plus attendre…
    Et une petite précision : le site de la Bu d’Angers tourne en PHP/MySql et franchement, ce n’est pas plus complexe que l’unimarc… C’est même plus simple, je trouve… Donc les compétences sont déjà dans les bibs… ;-)

  11. liberlibri says:

    Quoi ??? Vous êtes venu à l’URFIST de Bordeaux et les étudiants métiers du livre ne l’ont même pas su. Je ne sais pas si je vais m’en remettre, de celle-là !

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