Je refuse de plus en plus souvent de participer à des débats, journées d’études, conférences professionnelles de bibliothécaires, et de plus en plus facilement.
Pourquoi? Parce qu’elles sont presque systématiquement du l’ordre du pitch de motivation: on me fait venir pour “pointer l’avenir”, dire ce qui pourrait être, appeler les troupes à la motivation, etc. On veut me faire parler du web 2.0 sans se préoccuper outre mesure du fait que les collègues qui assistent à la conférence retourneront pour la plupart, dans leur établissement, à la gestion d’un web 1.0 qui n’est pas prêt d’évoluer.
On confond aussi systématiquement, dans ces conférences, les outils et les pratiques. Exemple récent: blogs et wikis existent, et on veut faire parler des “spécialistes” de blogs et de wiki sur les évolutions du travail collaboratif dans les bibliothèques. Cela n’a aucun sens parce d’une part je n’ai aucun élément me permettant d’affirmer qu’il y a là-dessus quelque évolution que ce soit dans le milieu des bibliothèques, et d’autre part c’est d’abord et avant tout une question de gestion des ressources humaines, de culture professionnelle. Ce n’est pas une question technique.
Bref, on me demande presque systèmatiquement, comme me l’a dit Daniel une fois, de prendre mon baton de pélerin. Je dois prêcher. C’est, d’une certaine façon, ce qu’à fait Bertrand Calenge pendant 15 ans à propos de la politique documentaire. En vain. Car partout où je passe, quand je pose des questions sur la politique documentaire, on me dit que bien sûr il y en a une, mais qu’elle n’est pas formalisée; façon de dire qu’il n’y en a en fait pas, qu’il n’y en a jamais eu, qu’il n’y en aura jamais. Je n’ai pas le courage de Bertrand Calenge (qui a peut-être, d’ailleurs, étant donné les évolutions du métier, changé lui-même d’avis sur la question…).
Donc: si c’est pour parler, même de façon déguisée, management et politique, ne m’invitez pas; surtout: si c’est pour parler de l’avenir, ne m’invitez pas.
Je ne suis “spécialiste” que sur un seul créneau: l’informatique documentaire aujourd’hui.
C’est la rançon de la gloire :-)
Oh, pour Calenge, c’est peut-être aller un peu vite en besogne que de dire que ses interventions n’ont servi à rien. A l’Enssib en tout cas, ses cours et son discours (qui traitaient de beaucoup d’autres choses que de politiques documentaires), même parfois énervants, ont été autant de petites graines semées aux quatre vents, qui peuvent attendre bien sûr quelques années avant d’être mis en pratique, mais il ne faut pas désespérer…
A la bibliothèque universitaire d’Arras, où j’ai la chance de travailler depuis un mois, nous comptons bien mettre en place, secteur par secteur et au niveau du SCD, de vraies politique documentaires… On a déjà commencé, d’ailleurs.
Courage, Bertrand ! La lutte n’aura pas été vaine : on aura au moins essayé (et, pure forfanterie ou total aveuglement, je ne doute pas de réussir – et pas dans dix ans).
Peut-être, tout simplement, que l’avenir (qui, comme le disait un philosophe célèbre, dure longtemps), est un sujet un peu trop ambitieux pour une intervention de deux ou trois heures.
Se refuser à prêcher, pour un athée bibliothéconomique, c’est cohérent ;-)
Plus sérieusement, j’ai eu des reflets de ton billet qui interprêtaient (en gros): parler de web 2.0, etc., c’est élitiste, spéculatif, dans les nuages. Moi j’avais plutôt compris: il ne suffit pas d’en parler, il faut pratiquer (et donc s’en donner les moyens en GRH).
Ai-je mal compris?
Et puis, quand tu parles de “culture professionnelle”, penses-tu qu’il est souhaitable de la faire évoluer et si oui comment?
Re:MRG. Tu as parfaitement compris, et j’ai moi aussi été un peu étonné des interprétations de ce billet.
Pour ce qui touche à la culture professionnelle. Oui je pense qu’elle devrait évoluer. Dans le sens de plus de collaborations? Pas sûr. Il serait plus urgent, à mes yeux, de faire évoluer dans le sens de “plus de responsabilité”. Actuellement, on a à la fois un système hiérarchisé dans la symbolique (la place du conservateur, du magasinier, etc), et au fond unanimiste. Quant on a un projet, un problème, on se met à 15 autour de la table, sans responsable patenté qui tranchera avec autorité, et du coup, bien sûr, il est difficile de prendre une décision, et encore plus de l’implémenter.
Bon, je suis rassuré (même si je n’étais pas vraiment inquiet ;-).
Sur la culture professionnelle, ma question était une façon (maligne) de te faire remarquer qu’à un moment ou à un autre il faut bien se trouver “évangéliser”.
Sur le fond, je bois du petit lait: je me retrouve régulièrement en position de demander “qui est responsable?”, un peu gêné parce que suspecté d’archaïsme. En réalité, c’est une préoccupation très pratique: il faut bien à moment donné arrêter de discuter, donc que qqun prenne une décision, celui qui en assumera les conséquences, ce qui s’appelle la responsabilité. Je me souviens des formations reçues au début des années 90, au management public, où était en particulier expliquée la notion de “délégation”. Nous aurions besoin, me semble, d’un nouvel effort d’évangélisation de ce côté-là.
Au fait, aux biblioblogades, il n’est pas prévu de parler d’avenir, juste de passer un bon moment :-)
Si ça vous tente…
Et, si vous venez, ma seule question concernera Naïa, parce que les biblioblogueurs qui connaissent la NC ne courent pas les magasins ;-)