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Une histoire de l'informatique documentaire

Caveat lector : il ne s’agit pas d’une histoire, puisque je n’ai fait aucun effort de recherche ou de documentation, ce sont simplement mes souvenirs de la période et du sujet.

Les années 1990.

Je suis entré dans les bibliothèques en 1995, pour faire mon service national d’objecteur de conscience à la BPI, au Centre Pompidou. Je suis reparti à l’université fin 1996, mais je suis revenu dans les bibliothèques, comme bibliothécaire cette fois, fin 1998, à la bibliothèque de la Sorbonne. Depuis lors, j’ai toujours fait de l’informatique documentaire dans les bibliothèques de l’enseignement supérieur.

C’est une durée suffisamment longue, je pense, pour essayer de faire un petit retour en arrière sur cette période. Il s’agit, j’y pense depuis longtemps, de tracer quelques pistes pour faire suite au chapitre d’Hervé Le Crosnier, dans le tome IV de l’Histoire des Bibliothèques de France, sur l’histoire de l’informatique documentaire de 1970 à 1990. Mais en me limitant aux BU, et en excluant donc les BM. Pour plusieurs raisons : c’est un secteur que je connais beaucoup moins bien ; les problématiques dans les deux secteurs me semblent différentes.

Dans ce premier épisode, je parlerai de la période 1990–1999, qui est celle que je connais le moins bien, et qui me servira surtout d’introduction à la période suivante.

Rétrospectivement, cette période est assez facile à lire, je trouve.

Informatique générale

Les problèmes de réseau, très importants dans la période précédente, se résorbent pour l’essentiel. Renater est créé en 1993, et les lignes dédiées Transpac abandonnées progressivement. Par exemple l’Abes, créée en 1994, propose son premier logiciel en 1996 via Renater, pour la gestion du Prêt entre Bibliothèques (PebNet).

Et c’est l’autre tendance de la décennie pour ce qui concerne l’informatique générale : des postes informatiques arrivent sur les bureaux de tous les bibliothécaires. Quand je suis arrivé à la Sorbonne en 1998, le peb était géré avec un système plus ancien, sur un poste dédié enfermé dans une arrière-salle, une sorte de placard sous un escalier. On s’y rendait le matin pour imprimer les demandes de PEB du jour. Avec l’introduction de PebNet, l’ordinateur est sur le bureau de la personne qui gère le peb.

Le même principe vaut pour toutes les fonctions : des PC arrivent progressivement sur les bureaux, de la direction aux magasiniers, on fait du Word, du Excel à tous les étages, pour le budget et pour éditer des étiquettes pour les étagères. Les ordinateurs personnels existaient avant cette période, mais c’est entre 1990 et 1999 qu’ils se généralisent vraiment. On voit les changements que cela implique aussi par des anecdotes. Par exemple toute une génération de directeurs et directrices qui se font imprimer leurs emails par leur secrétaire (j’ai les noms…) est, à la fin de la période, remplacée par une génération de directrices et directeurs qui répondent eux-mêmes à leurs mails et n’ont plus, pour l’essentiel, besoin d’une secrétaire pour ce type de tâches. Tout cela se fait un peu sur le tas, aussi : le directeur ne maîtrise pas toujours son tableur Excel, ni le magasinier le modèle word qui fait ses étiquettes, mais je n’ai pas souvenir, néanmoins, que ce problème ait été conçu à l’époque comme un enjeu majeur de formation. Avec des causes en grande partie idéologiques, sans doute : le contenu, surtout scientifique, primera toujours sur les médias, l’intendance et la technique suivront… En attendant, on se débrouille, en demandant un coup de main à l’objecteur de conscience qui passe par là, éventuellement, parce qu’il faut malgré tout tenir compte du réel…

On commence aussi à mettre des PC au public, en s’appuyant très souvent sur le magasinier débrouillard de la maison, qui commence à faire sa niche dans ce secteur où les bibliothécaires ne sont généralement pas à l’aise.

SIGB

Mais pour les établissements, les gros projets informatiques de la décennie tournent tous autour du Système Intégré de Gestion de Bibliothèque. Au début de la décennie, l’énorme majorité des établissements travaillent avec des logiciels non intégrés dans le secteur universitaire, quand, notons-le en passant, un nombre significatif de bibliothèques publiques se sont équipées dans la décennie précédente.

En BU règne la suite mobibop/mobicat/etc. Une suite de logiciels, avec des interfaces Telnet, qui ne partagent pas une base de données unique. La base catalographique est d’un côté, et pour le prêt on reprend dans une base de données séparée quelques informations élémentaires permettant d’identifier le document, avec le code-barres de l’exemplaire pour pouvoir faire le prêt.

Le SIGB représente plusieurs avancées : la base de données est unique, les interfaces sont rapidement graphiques, le catalogue est normalisé. Et il est rétroconverti : c’est aussi un travail important dans la période. On met en place des SIGB, et on leur donne des notices à manger.

Ces projets vont occuper toute la décennie : Valenciennes met son SIGB Multilis en production en 1990, la BIU Toulouse est le premier client Horizon en France en 1995, et la BIU Sorbonne est en cours de réinformatisation quand j’y passe en 1998–9, ce qui me donne l’occasion de travailler avec Mobibop.

À la fois en terme de mobilisation des équipes et en terme financier , on donne une grande partie de ce qu’on a au SIGB. Ce sont des projets qui coûtent une fortune. Juste pour donner un ordre de grandeur, même si c’est en lecture publique et même si c’est un peu plus tôt, Jean Bernon me faisait remarquer qu’au milieu des années 1980 l’informatisation de la BM de Lyon coûte, matériel compris, environ 12 millions de francs 1986, qui équivalent à 3 millions d’euros 2014 — c’est 30% de ce qu’a coûté la construction du bâtiment de la Part-Dieu lui-même une dizaine d’année plus tôt.

Ces projets reçoivent d’ailleurs en BU un soutien important de la sous-direction des bibliothèques au ministère. Il est difficile de se souvenir aujourd’hui du poids qu’avait cette sous-direction. À l’époque les directeurs de BU sont moins proches de leur présidence d’université que du sous-directeur au ministère, l’inamovible Claude Joly, qui les finance annuellement en ligne directe et, pour ce qui concerne l’informatique, paye l’essentiel de la facture du SIGB. On est encore dans la France du Minitel, où les projets informatiques sont centraux, et la gestion assez autoritaire : c’est l’époque où le ministère est en train d’imposer le sudoc (j’y reviens dans un prochain épisode), et où certains projets informatiques d’origine locale, autour du PEB par exemple (logiciel PebPro), sont arrêtés autoritairement (menaces de procès, etc.) pour laisser la place au projet « ministère » (dans ce cas : PebNet).

C’est une culture qui perdurera longtemps : je me souviens encore au milieu des années 2000 d’une responsable des réinformatisations au ministère, appelant la présidence de mon université pour se plaindre de la façon dont je menais le projet de réinformatisation de la BU d’Angers. Mais les temps avaient déjà changé : l’université fit la sourde oreille.

CD-ROM

On passe aussi un temps et un budget non négligeables dans les années 1990 à donner accès à la documentation numérique par CD-ROM.

Dans un premier temps, ces CD-ROM sont proposés en monoposte, puis pendant toute une période sur le parc public des bibliothèques par l’intermédiaire de « juke-boxes » de CD, supprimant les manipulations de chargement des disques. Enfin on cherche à mettre ces CD en réseau, pour proposer un accès distant sur le campus. On met en place pour cela des systèmes lourds et onéreux, comme Citrix Metaframe ou CDLine d’Archimed, qui permettent à un client d’émuler l’interface du CD-ROM qui tourne sur un serveur à la BU.

Outre les difficultés de paramétrage du client (qui ne fonctionne au départ que sur un seul système d’exploitation), et les difficultés de communication et d’interaction avec la population cible du service (principalement les enseignants), on butte aussi déjà sur des questions de droits : « flasher » le CD sur le serveur est-il autorisé ? Ou bien est-ce une copie illicite ? Il est clair assez vite, je crois, qu’il s’agit d’une solution de transition, mais il n’empêche, on y consacre beaucoup d’énergie parce que c’est par ce biais que les contenus que nous achetons aux éditeurs existent en numérique.

Le web

Yahoo! est créé en 1995 et en 1998–99, c’est Yahoo! qui représente le web aux yeux des bibliothécaires : un répertoire ordonné qui classifie et donne accès à des ressources web. Dans un premier temps, c’est largement comme cela, me semble-t-il, que les bibliothécaires imaginent leur rapport au web : c’est un ensemble de ressources, que les bibliothécaires devraient classer et cataloguer d’une façon ou d’une autre. Cela donnera lieu, à la fin des années 1990 et au début des années 2000 à de nombreux projets de « signets », locaux à certains établissements, à la BnF, via le Cerimes, disciplinaires, en particulier en médecine (Doc’Cismef au CHU de Rouen), etc.

Archimed est présent sur ce créneau avec webline, un « portail de signets ». Cette société a été l’acteur emblématique de la mise en ligne des ressources sur le web au milieu des années 1990, avec CDLine déjà mentionné, avec bookline pour faire en Z3950 des catalogues collectifs, avec webline. L’offre d’Archimed dans ces années-là répond, pour les BU, fidèlement à une demande institutionnelle… inadaptée à l’évolution réelle, d’où la rapidité de leur succès initial en BU, puis leur essoufflement tout aussi rapide. D’une certaine façon, ils répondaient trop bien à la demande d’un client qui n’avait pas d’idée de ce qu’il pouvait faire avec le web.

Car il est encore possible à la fin des années 1990 de ramener l’étrangeté du web au « connu » : des ressources qu’on va cataloguer, et un espace où déposer notre catalogue.

AltaVista est le moteur de recherche le plus populaire à partir de 1995, et je n’ai pas souvenir que les bibliothécaires se soient sentis menacés : c’est un outil très grossier, dit-on, qui n’atteindra jamais la finesse des catalogues de bibliothèque. Google est créé en 1998, mais la menace est à peine plus claire. Par curiosité j’ai cherché dans les archives du BBF : la première mention de Google date de 2001, dans un article dont la première et la dernière phrase résument bien le sentiment de l’époque, je trouve.

On commence par :

Je n’étonnerai personne en évoquant ma confusion devant l’évolution galopante d’Internet et plus particulièrement du web.

Et on termine par :

L’information est de plus en plus massive, disponible et accessible, mais encore faut-il pouvoir la localiser, l’appréhender, l’assimiler avant de la diffuser !

Avec l’idée, rétrospectivement saugrenue, que la diffusion vient après le reste, qu’il y a d’abord une démarche scientifique, une validation, et qu’ensuite seulement la diffusion est légitime. Alors que le web, c’est justement l’inverse : diffuse d’abord, analyse après. Mais on ne veut pas le comprendre.

Les BU commencent assez tôt à faire des sites web pour leur propre compte, pourtant, mais on est vraiment dans une logique proche de celle des postes publics mentionnée plus haut : c’est le fait d’une ou deux personnes sensibles à ces questions, c’est tout à fait annexe et ne fait pas partie d’une réflexion stratégique ou d’un investissement de l’établissement en tant que tel. Mais il y a quelques pionniers : Jean-Charles Houpier, à Nancy, fait un site web pour la bibliothèque de Médecine en 1994. En 1999, c’est toujours lui, seul, qui gère ce site fait main.

Couperin (1999-…)

Je ne souhaite pas faire une histoire de Couperin ici, mais simplement parler des relations entre Couperin et l’informatique documentaire.

Couperin a été créé en 1999. Non pas tellement par 4 établissements, mais par 4 directeurs : Iris Reibel à Strasbourg, Jacqueline Gaude à Nancy, Marie-Hélène Bournat à Marseille et Jean-Claude Brouillard à Angers. Tous les 4 étaient conservateurs généraux, en fin de carrière, et tous les 4 pouvaient se permettre de ne pas tenir compte de la sous-direction des bibliothèques au Ministère. C’est très important pour la suite : Couperin s’est largement créé en opposition au ministère dont on fustigeait l’inaction en matière de documentation électronique, sous forme d’une association loi 1901 : c’était le choix de la « piraterie », on allait vite, on était informel, on prenait le ministère, ses lourdeurs et son costume à rayures, de vitesse.

Le premier contrat signé l’a été avec Elsevier : Couperin est né avec ce « Big Deal », qui a eu une influence décisive sur la suite. Et dans les premiers temps, Couperin s’est occupé de deux choses :

  • négocier de nouveaux contrats le plus vite possible, souvent simplement avec quelques mails entre un membre fondateur de Couperin et un commercial chez le prestataire.
  • accueillir de nouveaux adhérents et étendre les contrats au reste des BU françaises.

Le nombre d’adhérents augmentant rapidement, la structuration s’est tout de même un peu imposée. Le Président de Couperin en 2001–2, Jean-Yves Mérindol, Président de l’université de Strasbourg, et Iris Reibel, responsable du « bureau » de Couperin et directrice du SCD de la même université, étaient largement à la manœuvre. Ils ont alors dans l’idée de créer un certain nombre de départements, au-delà de la négociation de documentation. Ils pensent à l’archivage pérenne, aux « ressources alternatives » (Open Access, dirait-on aujourd’hui), etc. Dans l’immédiat, ils créent un département dit « technique », qui s’occuperait d’informatique documentaire.

Conservateur à Nancy 1, établissement fondateur, j’ai assisté, dans une salle de l’Enssib, à la toute première réunion de ce département technique. Pierre Chourreu, directeur à Toulouse 3, y représentait le « bureau des directeurs ». Autour de la table divers responsables informatiques, dont Michel Roland, du SCD de Nice, qui allait bientôt prendre le poste de conservateur pour mener à bien ce projet de branche « technique » de Couperin.

Je me souviens très clairement du mandat qui nous a été donné pour cette première réunion : certains établissements, dont Nancy 1 où j’étais avec Jean-Charles Houpier, et Nice, où étaient Michel Roland et, à l’époque, Dominique Rouger, avaient fait des bases de données MySQL et des pages PHP pour signaler les périodiques électroniques acquis via Couperin. Ce besoin de signalement était général : pouvait-on imaginer la réalisation d’un « portail Couperin » (c’était le vocabulaire de l’époque — déjà un peu daté il est vrai…) qui permettrait de gérer cette problématique au nom de chaque établissement ?

Si on reformulait la question avec le vocabulaire de 2015, cela donnerait : « pouvait-on faire une Knowledge Base nationale, avec un mécanisme de gestion des licences et des droits qui permette, au niveau local, de rendre le service de recherche et de linking attendu par les chercheurs dans les établissements ? »

Mais ayant créé cette structure bicéphale, avec un département « négociations » et un département « technique », les fondateurs ont passé la main (et sont partis à la retraite, les veinards). Les personnes importantes au bureau de Couperin étaient désormais François Cavalier (Lyon 1) et Louis Klee (Nice). Nathalie Marcerou était responsable du « pôle négociations », Michel Roland s’occupait du « pôle technique ».

On est alors fin 2002. Couperin avait beaucoup grandi, et les premiers contrats négociés, Elsevier en particulier, arrivaient à expiration. Le bureau était occupé par deux choses principalement : transformer l’association loi 1901 en Groupement d’Intérêt Public, à l’image de Renater (ce qu’ils n’obtiendront pas), et négocier le nouveau contrat Elsevier. Ils n’étaient pas absolument convaincus, je pense, que le développement de logiciels était une mission légitime de Couperin, et ils avaient désespérément besoin de ressources humaines pour mener leur mission principale, à savoir les négociations, à bien. Le département « technique » se trouva rapidement marginalisé. Plus exactement, il ne réussit jamais à faire sa place…

Un compromis fut néanmoins trouvé sur un projet « d’attente » : le groupe « technique » qui entourait Michel Roland réaliserait un cahier des charges pour la réalisation d’une base de données collective avec une interface de recherche simple au niveau du titre des ejournals. Cela revenait essentiellement à généraliser les bases de données de Nice et Nancy 1. Il était clair que cette solution devait être temporaire et permettre aux établissements qui n’avaient rien de proposer un signalement minimal. Une solution plus satisfaisante serait trouvée dans un second temps. Il était clair aussi, c’était inscrit dans le document remis par le groupe de travail, que la solution développée bénéficierait d’une licence Open Source. Le groupe remit son document au bureau de Couperin. Qui le transmit à l’Abes, qui trouva un accord avec le prestataire de son projet de « portail Sudoc », Archimed, pour réaliser quelque chose pouvant approcher de cet objectif. Mais il n’était plus Open Source et était assez loin de l’objectif initial : une base simple, au niveau du titre, réutilisable dans chaque établissement.

Le projet de l’Abes (APE pour Accès aux Périodiques Électroniques) ne fut jamais réellement abouti ni déployé dans les établissements, aux besoins desquels il ne répondait pas vraiment. Et aussi, en passant, par ce qu’un fournisseur, Ebsco, s’est réveillé en fournissant un produit similaire pour un prix modique. Mais je reviendrai dans un autre épisode sur le positionnement de l’ABES par rapport à ces questions.

Toujours est-il que le « Groupe technique » Couperin s’enlisa, fût rebaptisé « Etudes et Prospectives », ce qui n’est jamais bon signe. Quand Michel Roland quitta Couperin en 2005 le bureau clarifia en apparence la situation : Couperin n’avait pas vocation à faire du logiciel. Mais le besoin était là et la question des outils, finalement, pas si facile à éliminer. Évacuée par la porte, elle revint par la fenêtre : les bibliothécaires avaient besoin d’un outil de gestion de la documentation électronique, un Electronic Resources Management System (ERMS) comme il commençait, au milieu des années 2000, d’en exister sur le marché, Ex Libris ayant sorti, les premiers, un produit de ce type, baptisé Verde.

Un groupe d’établissements, Angers, Marseille, Lyon 2 et Paris 3 en particulier, avait commencé aux environs de 2005 de discuter collectivement avec les prestataires en vue d’un achat. Couperin ne voulait pas faire du logiciel, mais ne voulait pas non plus qu’un groupe d’établissements acquière un ERMS à l’extérieur du consortium. C’était le blocage, et on demanda aux établissements intéressés d’attendre… Finalement, le directeur de Paris 5, Jérôme Kalfon, désormais au bureau de Couperin, décida de prendre la main : Couperin ferait finalement du logiciel, mais il s’agirait exclusivement d’un outil de gestion interne. Un groupe d’établissements pilotes fut formé, mais qui ne comprenait plus que l’un des établissements de départ (Lyon 2), et un cahier des charges conçu, en prévision du lancement d’un appel d’offre et, éventuellement, du test d’une solution commerciale. Un des problèmes principaux de l’appel d’offre fut qu’il décrivait un logiciel qui n’existait pas sur le marché, devant satisfaire à la fois des besoins nationaux (Couperin), régionaux (le niveau SICD, PRES, UNR, etc. : les structures régionales diverses pouvaient avoir de la documentation à leur niveau), et locaux, au niveau de l’établissement. La solution développée à partir du produit commercial de la société SerialSolutions, qui tentait alors de s’implanter en France, ne permettait pas de répondre à ces besoins très spécifiques. Les établissements pilotes conclurent à l’échec du projet, qui fut abandonné sans être mis en production, en 2010.

Ce qui est intéressant dans ce parcours, c’est qu’on voit que les tentatives de collaborations autour du logiciel ont été nombreuses, dans le périmètre de Couperin, pendant la période 2000–2010, mais qu’aucune n’a réellement abouti. Si ce n’est, finalement, la BIMPE de Dominique Rouger. C’est-à-dire le projet le moins institutionnel et le plus « pirate », celui qui était, finalement, le plus dans l’esprit des fondateurs de Couperin.

Couperin et l’informatique documentaire, c’est l’histoire d’une occasion manquée pendant les années 2000, me semble-t-il. Couperin aurait pu être le socle d’un authentique consortium, issu du terrain, autour de l’informatique documentaire, comme il en existe souvent à l’étranger. Mais d’une certaine façon le choix des fondateurs, de rester « léger », s’est retourné contre eux : l’informatique documentaire nécessite des ressources et des compétences importantes et pérennes, une structure permanente. Occupé par les négociations de contrats, Couperin n’a jamais fait la mue qui aurait permis cette évolution. Et après cette décennie de tâtonnement, la situation est finalement clarifiée : Couperin ne fait pas d’informatique documentaire. C’est le rôle de l’abes.

Abes, SIGB, Abes

Abes

L’Abes a 20 ans cette année. Pour ceux que cela intéresse, l’agence a publié une utile frise chronologique. Mais de la même façon que je n’ai pas cherché à faire une histoire de Couperin je ne cherche pas à faire une histoire de l’Abes, mais simplement à traiter des aspects informatiques documentaires de l’abes en tant qu’ils concernent les BU.

Et je parlerai dans le même épisode des SIGB sur la période, puisque les deux sont finalement assez proches, surtout sur la fin.

Avant le Sudoc, les BU sont déjà membres de réseaux de catalogage collectif, on l’oublie parfois. Sibil-France, lié au réseau suisse du même nom (centré sur la BU de Lausanne), l’Américain OCLC et BN Opale. Dans les deux premiers cas, on est rattaché à un réseau international, et en terme d’informatique documentaire et de normalisation, c’est une période d’acculturation importante. Le Sudoc balaie tout cela. Il est imposé par le ministère, et on oblige toutes les BU membres d’autres regroupements à les quitter : l’adhésion au Sudoc est obligatoire et exclusive.

Politiquement, le Sudoc c’est le ministère qui tape du poing sur la table : on ne veut voir qu’une seule tête. Et techniquement, c’est une conception très française aussi : on aura une base centralisée, dans laquelle tout le monde travaillera, et les informations redescendront dans les systèmes locaux. Plus top down, tu meurs. Initialement on imagine d’ailleurs que le chemin inverse sera aussi possible : on pourra aussi cataloguer localement et envoyer ses notices vers le Sudoc. Mais évidemment cette « remontée » n’a jamais vu le jour (alors que c’est le principe retenu dans le catalogue collectif des BU Britanniques, par exemple).

Le projet est pharaonique. Non seulement le projet est lourd côté Abes, mais pour les établissements aussi : un même client de catalogage, WinIBW, est installé dans toute la France ; tout le monde est formé ; tous les SIGB du marché doivent développer, aux frais des bibliothèques utilisatrices, des moulinettes d’import.

Et ça marche ! Le sudoc est déployé en 2001, juste à temps pour qu’arrivant en poste à Nancy je bénéficie, en sortant de l’enssib, des 3 jours de formation à WinIBW. Wheeez !

On peut certainement argumenter que c’était la seule façon d’espérer aboutir à un catalogue collectif des BU Françaises : la coopération par la base n’a jamais rien donné qui vaille, il fallait un oukase du ministère pour y parvenir.

C’est très possible. Par contre, il y a quelques inconvénients :

  • les BU Françaises sont coupées de l’international. Pour certaines bibliothèques, c’est le drame : par exemple la Bibliothèque des Langues Orientales, qui signalait dans le réseau OCLC, un réseau mondial, ses collections rares en Japonais, Coréen ou Chinois, se retrouve dans un environnement étroitement national, et dans un système qui ne permet pas le catalogage dans ces langues. Et plus généralement, les BU sont coupées des évolutions des bibliothèques membres d’OCLC ou Sibil, dont elles peuvent entendre parler, mais auxquelles elles ne participent plus. Le lien sera renoué 10 ans plus tard, d’une certaine façon, quand les notices Sudoc seront versées dans WorldCat : l’opération suscita d’ailleurs de fortes réticences de certains établissements, pour des raisons plus politiques (contre “les Américains”) que bibliothéconomiques.
  • le coût cumulé, côté ministère/abes et côté établissements, financier et en RH, a sans doute été très important, et il continue dans une moindre mesure de l’être. On peut se demander ce qu’il se serait passé si on avait fait notre deuil d’un catalogue national (passé, ironiquement, sous pavillon OCLC après le rachat de Pica) et que les sommes équivalentes avaient été investies autrement… Mais c’est clairement de la bibliothèque-fiction : pour remettre en cause l’idée de catalogue national, il aurait fallu prendre très rapidement le web au sérieux, ce qui n’était pas possible.

Mais le sudoc, dans les objectifs qui lui ont été confiés, est un succès. Et du coup on a désormais un opérateur public national qui dispose, sur les questions d’informatique documentaire, d’une autorité naturelle, acquise par la mise en place du réseau.

L’Abes sera parfois tentée d’exploiter cette compétence et cette autorité pour étendre son influence et, d’opérateur de back-office d’un catalogue collectif, de devenir l’outil de recherche privilégié des chercheurs. C’est le projet de Portail Sudoc, au début des 2000, qui était en vérité, m’a-t-il toujours semblé, surtout le projet de Sabine Barral, directrice de l’abes nommée en 2001. C’est aussi le dernier exemple de la mode « portail/archimed » dans les BU, d’une certaine façon.

En tout cas, le ministère ne soutint jamais vraiment le projet, et les établissements ne l’acceptèrent jamais vraiment non plus, parce qu’il visait clairement à les court-circuiter dans la relation aux chercheurs. Résultat : si le projet technique aboutit bien à une mise en ligne en 2005, le portail sudoc ne survécut pas au départ de Sabine Barral… en 2005 (même s’il ne fut enterré officiellement qu’en 2008).

Mais la légitimité technique était là, et on a vu que Couperin a aussi tenté de refiler la réalisation technico-administrative de projets d’informatiques documentaires à l’Abes : le projet de signalement des revues APE est dans cette logique, comme l’appel d’offres pour un Electronic Resources Management System, administrativement porté, à son corps défendant, par l’Abes qui n’y croyait pas vraiment, en 2010. Ou encore le projet de signets du Cerimes, repris par l’Abes en 2009. Quand on cherche un opérateur public d’informatique documentaire, on se tourne vers l’Abes.

C’est ce qui est en train d’arriver, depuis 2012, autour des SIGB. Car entre-temps, ceux-ci ont bien vieilli….

Le SIGB et… le reste

La première vague de SIGB avait permis à un certain nombre de sociétés de s’installer sur le marché des BU : Geac, Ever, Dynix ont dominé ce marché-là, si je me souviens bien. Mais ce qui est intéressant c’est qu’à partir du milieu des années 1990, la bataille se déplace : Archimed se fait une place en répondant aux nouvelles demandes des établissements, autour des CD-ROMS, de la recherche fédérée. Mais Archimed n’a pas de SIGB à l’époque et leur implantation en BU a été largement un feu de paille.

Le grand gagnant de la première partie des années 2000, me semble-t-il, c’est Ex Libris. Ils ont un SIGB, Aleph, mais surtout ils proposent sur le marché les premiers outils vraiment adaptés à la nouvelle ère de la documentation électronique : Metalib pour la recherche fédérée, et SFX pour la gestion des liens. SFX, en particulier, répond à un vrai besoin des chercheurs, en même temps qu’à une demande institutionnelle, et s’impose sur le marché.

La recherche fédérée est la grande quête des années 2000 en informatique documentaire. Le principe de base est le même pour tous les produits, ce sont des connecteurs vers les bases de données distantes, qui ramènent des informations, tentent de dédoublonner à la volée et d’afficher un résultat. Les connecteurs sont plus ou moins stables, plus ou moins précis. Plus ou moins rapides. En fait : lents. Et les bibliothécaires rechignent à les utiliser et à les promouvoir auprès de leurs usagers, en partie parce que la « qualité » de la recherche et des données est bien moindre que dans l’opac.

Le premier problème est résolu quand on passe de solutions avec connecteurs, à des solutions basées sur des index centralisés, hébergés directement par les prestataires des outils de recherche. C’est Primo chez Ex Libris, encore eux, Summon chez SerialSolutions, etc. Il est à noter d’ailleurs que c’est un pas de plus dans la sous-traitance aux prestataires de fonctions entières des bibliothèques. La consultation de la documentation de recherche a été sous-traitée aux éditeurs internationaux au début des années 2000 : le chercheur se connecte sur le site Science Direct, et aucune BU, même si certaines y ont pensé, n’héberge sur ses serveurs et ne met directement à disposition des chercheurs la consultation des titres. Avec les index centralisés et les « outils de découverte » qui les accompagnent, la fonction de recherche est aussi finalement sous-traitée.

Le second problème, la « qualité » de la recherche, demeure. Mais c’est un problème essentiellement culturel, et pas tellement technique. L’index centralisé est moins « scientifique », moins « validé », plus automatisé et donc opaque que les catalogues de bibliothèque, il est beaucoup plus proche du web : un vaste fourre-tout dans lequel il faut aller piocher ce qu’on cherche. C’est à la fois ce qui fait l’intérêt de ces outils (ils sont plus proches du web), et ce pour quoi les bibliothécaires ont tendance à ne pas les aimer (ils sont plus loin de la qualité d’un catalogue).

Toujours est-il que ces avancées se font en dehors du SIGB proprement dit qui, de son côté, peine tout autant que les bibliothécaires eux-mêmes à évoluer. Le lien très étroit entre la conception du SIGB d’une part, les formats Marc et la collection papier d’autre part rendait l’adaptation au web quasiment impossible. L’opac devient web, certes, mais c’est, comme on dit en Anglais, « du rouge à lèvres sur un cochon ». Les interfaces ont une ergonomie désastreuse, le design web n’étant pas du tout dans la culture des entreprises qui les développent, et les données sur lesquelles le SIGB peut travailler restent les données marc/papier.

Dans la seconde partie des années 2000, le marché du SIGB s’est essoufflé, les prestataires ont eu du mal à renouveler leur offre, et par ailleurs les bibliothèques ont moins d’argent à y consacrer. C’est dans ce contexte que Koha arrive sur le marché français.

Paul Poulain et Henri-Damien Laurent, ont travaillé pendant toutes les années 2000 pour crédibiliser progressivement l’offre Koha en France. Quand je les rejoins fin 2008 pour développer la société BibLibre, le marché est mûr. Koha, dans sa conception, est un SIGB classique, mais qui dispose alors de trois atouts :

  • de conception plus récente il dispose d’un opac plus moderne dans sa présentation et son design, et un peu dans ses fonctionnalités, avec des facettes en particulier. Ce meilleur opac lui permet de faire passer la pilule sur des fonctionnalités de back-office moins mûres que celles de ses concurrents, qui sont devenus au fil des années de véritables usines à gaz.
  • sa licence Open Source fait un appel d’air pour les bibliothèques, qui cherchent à échapper à des prestataires qui ont progressivement « figé » le marché, et auxquels les bibliothèques reprochent d’encaisser leur maintenance comme une rente
  • BibLibre est moins cher que ses concurrents : arrivant sur le marché, la société vit de nouveaux projets, pas de la maintenance, et elle est encore petite, donc sans structure coûteuse. Cette baisse des prix reflète aussi la moindre importance que les bibliothèques attachent au SIGB.

C’est l’occasion pour un certain nombre de bibliothèques qui choisissent Koha dans ces années, de travailler à un SIGB « en développement », ce qui n’était pas arrivé depuis des années, et de le faire en étroite collaboration avec d’autres bibliothèques utilisatrices. Finalement, dans les années 2000 c’est un des rares cas concrets de collaboration, entre les BU françaises, sur un projet logiciel, qui ne soit pas médiatisé par une autorité quelconque, Couperin, le ministère ou l’Abes.

En quelques années, de 2008 à 2012, BibLibre prend des parts de marché relativement importantes dans les BU, à un moment où les prestataires de SIGB sont en difficulté, et BibLibre contribue un peu plus, pour ce qui concerne le marché français, à les fragiliser. Ever disparaît de la circulation, Dynix, éditeur d’Horizon, fusionne avec Sirsi puis, lui aussi, disparaît plus ou moins du marché français, etc… À la fin des années 2000 et au début des années 2010, c’est un peu l’hécatombe.

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Ex Libris est le premier prestataire à tenter de proposer une solution globale à ce problème : un système (Alma) qui remplisse le cahier des charges qu’implique l’acronyme SIGB (c’est-à-dire l’intégration de toutes les fonctionnalités de la bibliothèque dans un seul outil), tout en tenant compte des évolutions des vingt dernières années. Le système sera donc hébergé, il aura un index centralisé, partagé avec toutes les bibliothèques qui utilisent le système, alimenté directement par les éditeurs en données bibliographiques, et traitant tous types de documents et même de données, depuis les livres papier jusqu’aux données brutes de la recherche en passant par les articles de revues en ligne et autres licences de bases de données.

Je suis en train de quitter BibLibre quand je commence à entendre parler d’Alma en 2010. Toulouse où je travaille désormais est client SirsiDynix, avec Horizon, et se demande, comme tout le monde, jusque quand nous pourrons vivre avec ce système désormais considéré comme obsolète. Il semble clair dès le départ, d’une part que de nombreux établissements sont dans la même situation, et d’autre part qu’un système comme Alma sera plus intéressant, étant donné sa taille, pour un groupe d’établissements que pour un établissement seul. Je propose, sur la base de mon carnet d’adresses personnel et de celui de ma collègue Marie-Germaine Jullien à Toulouse, une réunion de quelques établissements pour discuter le sujet. La réunion a lieu en 2011 à Paris 3, avec outre Paris 3 et Toulouse, La Rochelle, Lyon 1, Nancy, Annecy, et quelques autres établissements, une dizaine en tout {j’ai oublié les présents : si vous étiez à cette réunion, faites-moi signe}. L’intérêt collectif pour ces nouveaux systèmes est confirmé, et nous décidons de faire une seconde réunion en invitant l’Abes… désormais acteur naturel de l’informatique documentaire en France.

L’Abes de son côté a aussi un SIGB, fourni par OCLC Pica : CBS. Qui est tout aussi vieillissant que les SIGB présents dans les établissements. L’Abes par ailleurs a besoin d’outils pour gérer la documentation électronique, maintenant qu’il apparaît plus clairement que Couperin ne remplira pas ce rôle. Nos intérêts sont donc convergents et les choses s’enchaînent :

  • le groupe de travail, que l’Abes a maintenant intégré, se réunit plusieurs fois pour mieux définir les besoins et mieux comprendre les produits « nouveaux » proposés par les prestataires, Ex Libris et OCLC en tête.
  • l’Abes suscite un groupe de travail Enssib sur cette question
  • lors des journées Abes au printemps suivant je fais avec Jean Bernon une présentation sur ce sujet, qui permet d’attester de la demande des établissements à l’égard de l’Abes sur ce dossier -à l’automne suivant, le Conseil d’Administration de l’Abes inscrit le projet dans ses missions
  • Jean Bernon est recruté pour commencer de mener ce projet au sein de l’Abes.

Je ne suis plus du tout impliqué dans ce projet depuis 2013, je ne sais donc pas ce qu’il est devenu dans le détail, mais il sera très intéressant de suivre son évolution. En tout cas il entérine et confirme plusieurs évolutions de l’informatique documentaire qui montrent que nous sommes, d’une certaine façon, à la fin d’une époque :

  • Les SIGB « traditionnels » sont des systèmes morts, et si les bibliothèques persistent à les utiliser, elles meurent un peu aussi, puisqu’il ne leur permet pas de répondre aux besoins de l’époque
  • l’Abes est désormais l’acteur naturel des outils collectifs de l’informatique documentaire des BU en France. Ça a pris beaucoup de temps à se clarifier — faute de vision sur le sujet du côté du ministère, du fait des tergiversations de Couperin, du fait de maladresses de l’abes dans la période « portail », qui a braqué les établissements, et du fait enfin des difficultés des établissements à travailler ensemble « à la base » — ça a pris du temps, donc, mais c’est maintenant acquis
  • les nouveaux systèmes, s’ils aboutissent, se diffusent et s’implantent réellement en France, ne seront pas locaux, ni même nationaux, mais globaux. Comme le web. Et la bibliothèque qui utilisera ces systèmes sera très différente de celle d’aujourd’hui. Et celle qui voudra les utiliser sans changer ses pratiques en profondeur sera, elle, la bibliothèque d’hier. La question de savoir si le projet porté par l’Abes s’insère dans cette problématique globale, ou bien tente de la “nationaliser”, c’est-à-dire provincialiser, reste à déterminer.

Et maintenant ? Le web ?

J’arrive au bout de ma petite série et vous me direz que je n’ai pas beaucoup parlé du web. Mais il me semble finalement que je lui ai laissé dans ces articles la place qu’il a eu réellement dans la vie des établissements depuis les années 1990. C’est une force extérieure, qu’on ne comprend pas bien, dont on perçoit très lentement qu’il représente une menace. On tente de lutter sans trahir ce qu’on pense être notre identité : la science, le travail bien fait du signalement, le rôle d’intermédiaire entre les utilisateurs et le contenu.

Il est certainement difficile, quand on représente la Science et qu’on se sent appuyé par la puissance de l’État, d’admettre qu’on est menacé par deux étudiants dans un garage californien, qui font un moteur de recherche avec des serveurs de la taille de boites à pizza. Nombre d’administrations et d’industries s’y sont laissées prendre. Mais il n’empêche, nous n’avons pas eu face au web l’intelligence des aristocrates du Guépard, le Prince Salina et son neveu Tancrède, face à l’unification italienne :

Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi [si nous voulons que les choses demeurent ce qu’elles sont, tout doit changer]


Merci pour leur relecture, leurs commentaires, leurs souvenirs et leurs suggestions à R. Bérard, J. Bernon, M. Delhaye, JC Houpier, M. Roland.